Le gré
Il était 10h
du soir
quand son
nouveau portable sonna
avec la sonnerie
associée
à sa mère.
Il était en train
de renifler
amoureusement
sa
chaussette
droite
et se préparait
à saupoudrer
le tatami
du grunge
quotidien
de son entre-
doigts de pied.
Il fallait que
ce soit
une
urgence.
Elle lui
donna
rendez-vous
à 8h00
du matin
chez Yamada San
le lendemain.
Il n’eut
même pas
le temps
de
demander
pourquoi.
Le lendemain
matin
à la française
et en
français
il dit
« non »
et regarda
sa mère
avec le
visage
impassible
glacial
à la japonaise
pour
signifier
sa colère
Madame Yamada
avait expliqué
ses rêves
de Murasaki San
les tentatives
pour y mettre
fin
et qu’il
fallait
faire quelque chose.
Il ne savait pas
exactement
ce que
sa mère
avait dit
à
Yamada San
si elle
lui avait
parlé
de la
Cascade
et de
Tochan.
Il expliqua
qu’il était
prof
chercheur
ethnologue
et
qu’il ne
voyait vraiment
pas en quoi
il pouvait
faire
quoi que ce
soit.
Madame Yamada
le regarda
chaleureusement
dans les
yeux
en lui
disant
qu’elle comprenait
qu’elle comprendrait
s’il refusait
qu’il était libre
bien sûr
et Matsujirô
reconnut
dans ses phrases
toute la mécanique
de manipulation
qui conduit à
faire faire à l’autre
ce qu’il n’a pas
forcément
envie
de
faire.
Une mécanique
sur laquelle
il donnait des
cours :
il accepta.
Il accepta
de les aider
à trouver
un chaman
pour un
rituel.
Il
connaissait
une
demi-vieille
qui avait
bonne réputation.
Elle avait
repris
un mini-temple,
une simple maison,
d’une vraie vieille
qui avait
une
grande réputation.
Une maison
près de
Fushimi
parce que leurs
kamis
étaient
liés
à
Inari
Il
accompagna
Le grand frère de Murasaki San
et
Yamada San
chez la
demi-vieille
qui posa
plusieurs
questions,
l’air de rien,
sur le
français
de Madame Yamada.
La demi-vieille,
belle,
devait mesurer
1m50
et avait
trois doigts
à chaque main.
Elle accepta
de faire
une
cérémonie
le
lendemain
tard le soir
à
20h
pour laisser le
temps à ceux
qui rêvent
de venir
puis de
reprendre un
train après.
Ils étaient
quinze
dans la maison
plus l’assistante
plus trois vieilles
et un retraité du
quartier,
les plus fidèles
de la
demi-vieille.
Plus Matsujirô
qui s’était
convaincu
que cela lui
ferait du
matériel
pour un
article
et qu’il était
libre.
Tout le monde
avait son
rosaire
au poignet
et un livre
qui se déplie
sur
le sûtra du
coeur.
Matsujirô
n’était pas à
l’aise et
serrait les
fesses
depuis qu’il
avait vu
l’assistante
disposer
un
mokugyo,
un tambour
poisson,
parce que les
poissons
ne dorment pas.
Matsu ne
voulait pas
que se
reproduise
ce qui
s’était
passé
au Nô
de Kanze
où son
kami avait
tellement
aimé
l’ōtsuzumi
qu’il
avait
commencé à se
manifester
et la seule
issue
qu’avait trouvée
Matsu
avait
été
de
tomber
dans les pommes.
Ume avait
pensé
qu’il s’était
endormi
mais depuis
il ne voulait
plus
prendre le
risque
de retourner
au nô
et il
pestait
contre son
kami
Dans la
maison
de la
demi-vieille
aux trois doigts
il ne put
rien
faire
Il monta
tout de suite,
son kami
descendit
illico
La belle
demi-vieille
était
douée.
Très douée.
Et elle
avait travaillé
souvent
avec d’autres
Dai
elle savait
y faire
avec les
descentes
de
kami.
Son propre
kami
lui fit
voir comme en
lumière
Matsujirô
et elle
comprit
qu’elle ne
serait ce soir-là
que
l’assistante
Elle prit
donc
le mokugyo
et s’avança
en le
rythmant
fort
vers le fond
de la salle
où
Matsu
essayait
de toutes
ses forces
de
tomber
dans les
pommes
mais dans
cette maison
saturée
de signes
de
kami
il ne pouvait
rien
faire.
La demi-vieille
lui souffla
「 laisse
laisse
venir 」
et Matsu
ne lutta
plus
il
laissa
venir
Au fond
c’était
facile
c’était
chaud
lumineux
et facile
son
corps
devenait
rouge
d’un
beau
rouge,
l’univers
devenait
blanc
- blanc soleil d’été -
ses yeux fermés devenaient
noirs
comme le vide
et il
voyait des
traits
il
entendait
des sons
sortir
de
sa
gorge et de son
ventre
Sa tête tourne
avec un
hochement qui
suit le
mokugyo
qui devint
fort
plus fort
très fort
assourdissant
puis
se tait.
Il voit un
vieux monsieur
gêné
qui se frotte
la nuque
avec la main
droite
en haussant
les épaules.
Il a une
corde
étrange
attachée
à la
cheville.
La corde
plonge
dans un
feu
mixte.
C’est toujours
embêtant
les
feux
mixtes
et les humains
sont bien
embêtants
à en
produire.
Avant eux
on n’avait
pas de
problème
de feu
mixte.
Pour les feux
mixtes
un copain
kami
lui a
montré
le truc :
il faut
pisser dessus.
On lève son
pagne
et
hop
on vise
sur le
grumeau
mixte.
Il faut
faire attention
à bien
viser car sinon
on risque
d’éteindre
le
feu
et ça
c’est pas
bon.
Il faut reconnaître
que ça
fait du
bien
de se
soulager
c’est juste
embêtant
d’avoir
à
viser
juste
Ah
Ahh
le grumeau
est gros
cette fois
on dirait un
galet
gris
en forme
de
mot
dans une
écriture
kamique
mal
écrite,
une
petite
malédiction.
Je peux
le prendre
désormais
le grumeau
dans ma
paume
et le
broyer
en une
poussière
noire
que je
mêle
au
sol,
le sol
où
tombent
les
hommes
le sol
d’où
s’élèvent
les
hommes
Le grumeau
enlevé
le feu
n’est
plus mixte
je regarde
le vieux et lui
fais un
mouvement
de tête
Il tire
sur la corde
qui vient
vers
lui
Il la plie
soigneusement
comme le
ferait
un
marin,
sort un
furoshiki
de sa
poche,
met
la corde
dedans,
replie
le
furoshiki,
salue
très bas
en
fermant
les
yeux
se retourne
et nage
nage
enfin
sur son chemin




