Kyôto de poche
Kyôto fascine parce qu’elle est un musée vivant de traces qui ont déjà disparu de l’essentiel du Japon.
Traces aux formes radicalement étrangères. Traces d’un quotidien radicalement civilisé.
Kyôto comme utopie, uchronie, science fiction, voyage dans le temps et la galaxie.
Pour ceux qui voudraient faire l’expérience de cet étonnement permanent, sans se déplacer, et à prix symbolique, deux recommandations qui peuvent être le point de départ d’années de découvertes et de bonheur :
Il existe des dizaines d’ouvrages sur le principe : « lexique illustré des objets typiquement japonais ». Plusieurs en français, la plupart en anglais.
Le livre, japonais, que je vous recommande ici n’est pas parfait. Il contient de nombreuses planches monochromes trop sombres.
Mais composé par des japonais pour des japonais, il ne dégage pas le côté exotisant, démonstratif, poseur, de ses concurrents. Il est court, complet, et centré sur les objets du quotidien qui fascinent et bouleversent à Kyôto. Les pages en couleurs sont agréables et le texte conçu pour être marginal par rapport aux illustrations.
Pour ceux qui apprennent le japonais, la quasi-totalité des kanji sont associés à leur furigana ce qui en fait également un chouette support d’entraînement à la lecture.
Kyôto, ses temples, ses jardins, ses matsuri et… ses maiko et geiko san (les « geisha »).
Ce film de Mizoguchi (attention à bien prononcer « Mizogucci » – idem pour « Tanigucci » – afin de ne pas passer pour inculte et insultante comme l’actrice qu’on peut entendre lire des textes introductifs sur des DVD du réalisateur sortis en France), donne à voir une culture qui reste encore vivante aujourd’hui à Kyôto mais à laquelle n’accède véritablement que l’extrême aristocratie d’affaires ou millionaire du Japon. Les scènes de formation d’une jeune maiko san dans ce monde régulé par les femmes, les scènes d’habillage et de déshabillage de kimono sont à couper le souffle, de beauté, d’érotisme, et d’étrangeté martienne.
Le film ne donne que des aperçus trop courts des exploits de performance de ces artistes (thé, fleur, danse, musique, kimono). Mais ces aperçus, rarissimes, permettent de se faire une idée de la culture dont il est encore question, ici, à Kyôto, 60 ans après la sortie du film.
Le film est disponible en DVD en France au sein d’un coffret au prix totalement excessif, sous le titre « les musiciens de Gion ».
Je vous recommande plutôt de commander sur le site amazon japonais (qui propose une interface en anglais pour ses clients internationaux) le dvd du film seul, de lire sur internet le résumé de l’histoire puis de vous laisser complètement envahir par l’étonnement continu de cet univers qui m’intéresse plus ici pour son aspect documentaire que pour son récit attendu.
Ce livre et ce film, qui peuvent constituer les premiers éléments d’un Kyôto de poche, sont aussi des jalons pour tous ceux qui voudraient témoigner de Kyôto la belle martienne. Ne pas répéter, ne pas dupliquer, ne pas faire moins bien. Est-ce possible pour des non-japonais ?




