14 novembre 2008

La princesse de Kyôto

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 9:05

Matsujirô
rêve
d’une princesse.

D’une princesse
de Kyôto.
Il n’y croit pas
trop.

Matsujirô
n’est ni
beau
ni laid
ni grand ni
p’tit
Il a des lunettes
il est japonais
il est
discret

Oui mais.
Oui mais
le kami
de Matsujirô
il n’est pas
discret

Son kami
à Matsu
il est énorme
couillu
poilu
solaire
rotant
obsédé
généreux
terrifiant
rigolard

Le kami
de Matsu
il se
gratte
et mange ses
crottes de
nez

Parce que
oui
oui,
Matsujirô
a un
kami

Attention
Matsujirô
est
scien-
-tifique
Il ne croit
pas
aux
esprits

Matsu
il aime
bien la scène
de Matrix
où les humains
sont comparés à des
virus

Mais on ne choisit
pas
trop
sa lignée
et Matsu
son
arrière
grand-mère
elle était
aveugle
elle était
shaman

Il n’a fait le
lien
qu’après coup
pendant
sa thèse
sur le
shamanisme
même s’il le
savait
depuis
toujours

Matsu était en Inde
Après la
Mongolie
avant la
Turquie
avant
l’Afrique

Des transes,
il en avait déjà
faites
il en avait déjà
vues
il avait déjà
presque tout lu
sur le
sujet
Sauf que là
Paf
ben son
kami
il est apparu
en s’grattant
en rotant
en souriant

Après coup
Matsujirô
il se demande
ce que l’indien
avait
vraiment
mis
dans son bol
Il n’est pas
sûr que ce n’était
que
« à base de »
plantes

Donc son
kami
apparaît
wouf
lui donne
un coup de
bide
et
bling
Il est le kami
rigolard
tout en restant
lui-même
tout tout tout
au fond
mais alors
vraiment très
très très
au
fond

Il est kami
et
il se met
à
rire
à rire et à
péter
et à rire
d’un rire
énorme
d’un grand
d’un gros
fou rire
et quand
il y pense
Matsu
il en a encore
mal
aux
abdos
et les coins
des lèvres
qui
remontent

Matsujirô
est
scientifique
sa théorie
c’est que
la transe
nous ouvre
un accès
à nous
mêmes
et aux
autres
à notre langue
aux langues
à toutes les langues
à notre
culture
à notre
lignée
à notre
animalité
à notre
minéralité

C’est ce qu’il
écrit
dans ses
articles
maintenant
Matsu
et dans ses
présentations
powerpoint
qui font toujours
bon effet
dans les séminaires
où il
parle en
anglais

Mais ce jour

quand il
rigolait
tout
seul
par terre
en frappant
le sol
d’une main
et l’autre
sur
ses abdos
Sa petite
voix
de
japonais
à lunettes
très très très
au fond
ben elle
était
pas très
rassurée.

Il se souvient
de sa
question bête
de sa
question
d’homme
quand le
kami
lui demanda
« qu’est-ce tu veux
savoir »
Il se souvient
que les mots
bêtes,
simples
fusèrent :

« qui suis-je ? »

Son gros
kami
s’arrêta de
rire
et de
péter
s’assit en
seiza
en se
massant la nuque
respira
lentement
profondément
par le nez
et souffla
comme un jet
de vapeur
en hiver
par la
bouche

Dans le
nuage
Matsu
se vit
avancer
sur un
chemin
beau
comme dans un
jeu
vidéo

Matsu
il
aime les
jeux
vidéo

Il se voit
marcher
vers
un lac
de
montagne
le picottement du
froid
le
soleil
dans les yeux
et l’air sec
pur
sucré

Matsu
regarde
dans le
lac miroir
se
voit
voit
Eichi
qui lui
sourit
voit la
photo
de son
arrière
grand-mère
qui lui
sourit et qui
danse
voit un
bel
homme
en
kimono
brun
qui marche
en forêt
un gros
mongol
qui
tape sur un
tambour
en peau
de cerf
et il
sent le
goût
de l’alcool
dans sa
bouche
et il
entend
les cris
sifflants
de
l’aigle
Il voit
les montagnes
la neige
le bleu
le gris
le noir
le jaune
le blanc le blanc le blanc
de la
montagne et le froid
dans ses pieds
et l’air
froid
trop froid
dans ses
poumons
Il sent
le sol
sec
sans
eau
sous
ses pieds
nus
noirs
de
crasse
et la
chaleur
suffocante
des
terres
bien après
les montagnes
la pluie
chaude
la pluie qui
noie
et il ne voit plus
ses pieds
pendant qu’il
marche
en faisant des gestes
étranges
avec ses
mains
qui dansent
Et il se sent
tourner
partir
doucement
la tête en
arrière
en tournant
la tête en
arrière
en tournant
lentement
doucement
longuement
comme
une
étoile
Il se voit
gros
habillé
d’un tissu
blanc
à boire
du vin
mêlé
d’épices
à en
vomir
en
respirant
des fumées
jaunes
qui puent
et il a mal
à la tête
d’avoir les
idées
trop
vives
et il entend
le bruit
d’un tronc
qu’on
tape
et ses
pieds
noirs
qui tapent
son
torse
noir
qui
s’offre
et la course
d’un
félin
jaune
d’un félin
d’or
qui fond
sur sa
proie
qui est la
vérité
et le
lac
redevient
miroir
et lui
montre
un
singe
qui se
gratte
s’enlève
un
pou
le
mange
prend
une pierre
la
jette
dans
l’eau
et la pierre
ne touche
pas l’eau
elle reste
à la
surface
à tourner
doucement
lentement
en lui
souriant

en lui
souriant


10 novembre 2008

Le premier chat qu’on perd

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 19:11

De vie
de mort
Chaque
seconde
qui passe
comme
de vif
de morte
… devis de la mort

Mme Yamada
chantonne
l’air des
feuilles
mortes
en
improvisant
comme
un jazz

Mme Yamada
aime
la voix
de
Chet Baker
c’est son
mari
qui lui a fait
découvrir

Mme Yamada
balaie
devant sa
porte
en tablier
avec son
balai
en
bambou

Mme Yamada
balaie
les feuilles d’or
les feuilles rubis
les feuilles émeraude
les feuilles sèches et qui craquent
les feuilles mouillées qui se déchirent
les feuilles gradients
et les monochromes
les stars et les plèbes

Elle balaie sa mémoire
dans l’éblouissement
d’une joaillerie vénitienne
dans le trouble
d’un impressionnisme
Heisei
dans l’étincellement
mordoré, vidoré,
de pupilles
de feu
qui t’embrasent de
couleurs
comme si le monde
n’était plus
qu’une matsuri
de couleurs
un groupe de taiko
de couleurs
qui rentrent
dans l’âme
comme des coups
comme des doigts

Quand elle
balaie
en chantonnant
gentiment
tout bas
Mme Yamada
repense
à son premier
chat
son beau
chat
son amour
de chat
son ami
de chat
son complice
de chat
son cœur
qui pleure
de chat
sa douleur
de chat

Quand elle repense
à
son premier
chat
sa bouche
fait des
vagues
indécises
entre le
sourire
la
rage
et le
sanglot

Parce qu’il y a
trop d’amour
et
trop de peine
trop
trop
trop de peine
trop de peine
de peine
dans le souvenir
du
premier chat qu’on perd


L’art du gros caca

Filed under: Texte,Ume — Stéphane Barbery @ 7:04

Matsu-jirô aime
chier.
Matsu, il aime
les gros
caca

Les p’tits rachtèques
comme des
sushis
non.
Lui, Matsu-jirô
il aime
les caca
gros comme
des
daikon

Matsu-jirô
est le petit
dernier
de la famille
Morita
Le seul
fils
depuis qu’Eichi
est mort

Il avait
trois ans
quand
Eichi s’est
fait renverser
Il en a
trente
aujourd’hui
et il se dit
que personne
ne viendra
jamais
gâcher
le plaisir
qu’il prend
à
chier

Matsu
c’est un
intello
Il a la
totale
le Phd
les post-docs
les publications
les traductions
en
Ethnologie
française

Mais Matsu,
il n’aura jamais
de poste
stable
au
Japon

Matsu
pour l’instant
il s’en fout
parce que là
il le sent
venir
son gros
caca

Et là
quand
il vient
plus rien ne
compte
que la sensation
réjouissante
d’être

où il faut
et de
se sentir
faire
un
avec
lui-même
et
l’univers

Matsu-jirô
est
un mystique
un mystique
du gros
caca

Pour lui,
spécialiste du shamanisme,
un
étron bien moulé
c’est
sacré

C’est pour cela
qu’il a investi
un mois de
salaire
pour la
dernière
lunette
de
wc
de chez Toto
alors
qu’il est
simple
locataire
de
sa
toute petite
maison.

La télécommande
de son
trône
elle a presque
plus de
boutons
que celle
de sa télé

Matsu
il aime
le
Japon
rien que pour
ça
pour la sacralisation
ergonomique
de
l’acte
phare
de sa journée

Matsu
se demande
d’où
ça lui vient
d’aimer chier
comme ça

Il revoit ces scènes
où ses copains
ses soeurs
ses amis
français
poussent des
cris de joie
en félicitant
leurs
petits
qui ont
fait
un
gros caca
sur le
pot

Il se dit que
peut être
la trace de
l’enfant en lui
ressent qu’
il sera
plus aimé
s’il fait
son
gros caca
bien moulé
bien
comme il faut
qui fait pousser
des ah
bienveillants
joyeux
à ceux qui nous
aiment

Attention :
Matsu il
n’aime
pas
le caca
son
odeur
sa
couleur
sa
texture
Matsu
il n’est pas
proctophile

C’est pour cela
qu’il
aime
les toilettes
japonaises
Matsu-jirô
celles

un petit aéro
se déclenche
quand on
s’assoit dessus
celle
où l’on a la sensation
d’être dans une
usine de
production
d’ordinateur
la sensation de
faire
pas de défaire
pas d’attaquer
pas de contrôler
pas d’avoir honte
mais d’être

en penseur de
Rodin
se
libérant d’une lourdeur
s’allégeant l’esprit
se sentir pousser
des ailes
communier
avec les
cosmonautes
dans leurs
belles tenues
blanches

Ce qui lui a le
plus
manqué
à l’étranger
Matsu-jirô
c’est le final
l’apothéose
de son
rituel
quotidien

Qui n’a jamais
eu droit
au massage
sensible
ciblé
dosé
efficace
de l’extrémité
de son tube
digestif
par un jet
d’eau
adapté
à la bonne
température
à la bonne
pression
est un
puceau
de la
félicité
humaine

Les grandes
eaux
de Versailles
seront
très
bientôt
oubliées par
l’Histoire
mais jamais
le jet
le pschitt
délicat
doucement
revigorant
soigneux
propre
et hygiénique
de la
cuvette
japonaise

Matsu déplore
juste
l’opération suivante
où il hésite
souvent

Matsu n’aime pas
trop le séchoir
à cul
incorporé
à la cuvette
il préfère
le frais
pas le
brushing

Mais le problème
vient du
papier
qui
résiste parfois
mal
au
surplus
d’eau
qui
s’effiloche
en
boulettes
et lui
Matsu-jirô
il n’aime
pas
les boulettes
ni la sensation
du papier
qui vient
gâcher
le
jet
merveilleux
ni la proximité
de la
main
avec son
derrière
même
pimpant

Matsu-jirô
appelle de
ses voeux
le génie
le génial
ingénieur de
chez Toto
qui trouvera
la solution
technique
la solution
sensible

Mais là
Matsu
s’en fout
parce que le gros
caca
arrive
et que la vie
même imparfaite
laisse
toujours
place
à de grandes
joies


9 novembre 2008

Le savon, l’essence, le rien

Filed under: Texte,Ume — Stéphane Barbery @ 6:28

Les copines se sont
fait
leur dimanche
de copines

Elles sont allées
à la fête
de l’école
où travaille
la sœur de
Ai

Elles y sont allées
en métro
avec leur
bento

La sœur de
Ai
elle travaille
à Yamashina
avec les handicapés
les trisomiques

Quand c’est la fête
du quartier
deux fois
par an
l’école fait
kermesse
pour profiter
du monde
attiré
par la
foire aux
puces

Il n’y a jamais
de puces
dans les
vêtements
repassés
vendus
gentiment
par les
familles

Les familles,
elles installent
leur petite
bâche
sur laquelle
on se met
en chausson
et puis exposent
leurs vêtements
leur service à thé reçu
comme contre-cadeau
lors du mariage d’un parent éloigné
qui ne viendra pas
leurs peluches
les jouets
et les petits
jouent encore
avec
en attendant
l’improbable client

La rue est bloquée
Tout est tranquille
comme d’habitude
mais plus
tranquille
encore

On prend le temps
de marcher
de regarder
ce que les
autres ne
veulent
plus
et qui ne vaut rien
que l’on veut
peut-être
mais sans doute
pas
on a déjà
tellement
mais c’est pas cher

Il y a peu d’hommes
ou des jeunes
en couple
ou de ceux
qui font plaisir à leur
femme
ou de ceux qui
obéissent
à leur femme

Ca ne pue
pas
le graillon
comme dans les
matsuri
ici
personne n’est pro
ou peut-être si
mais comme
tout petit
petit
petit
complément

Un retraité
a bricolé
un appareil
à riz soufflé
en forme
de loco
à vapeur

Le moteur
est alimenté
par une
batterie
de voiture
Avec une pince
croco rouge
Avec une pince
croco noire
à côté du réchaud
pour faire le caramel
blond
qui donnera
le bon goût
au riz
qui éclate
tout chaud
et cela sent
bon autour
et cela fait
rire les mamies
qui repensent
au temps
où leur
père
leur offrait
du riz
soufflé

Les trois filles en achètent
un gros sac
Et y plongent avec
gourmandise.

C’est la touche
sucrée
qui conclut
leur concours
de
bento

Comme
toujours
c’est
Etsuko qui a le plus beau
des bento

Comme toujours
c’est Ai
la gourmande
qui travaille
à mi-temps
dans une
station
service
qui a le
meilleur
des bento

Comme toujours
c’est Nami
la femme d’Akira
qui a un
Bento
comme
il en existe
des cents
comme
il en existe
des mille.
Les bento
de Nami
sont toujours
parfaits.
Parfaitement
prévisibles.

Les filles
sont copines
depuis le
lycée

Elles se sentent
bien
ensemble
à se voir
vieillir
en se mordant
les lèvres
parce que
leur rêve
ne viendra
sûrement
pas

Etsuko
leur dit
souvent
que c’est parce qu’
elles
n’ont pas eu
les bons
rêves
et qu’il est désormais
trop
tard
pour en changer
de rêve.

Nami-chan
Elle a le sentiment
de ne jamais
en avoir
eu
de
rêve

Nami-chan
Elle se demande
toujours
pourquoi
on s’intéresse à
elle
pourquoi
ses copines
sont ses
copines
pourquoi
on lui adresse
la parole

Nami-chan
elle
se sent comme
une
vitre

Nami se dit
presque
parfois
qu’elle aurait
aimé
être
trisomique
pour être différente
pour être
quelqu’un

Nami se reprend
tout de suite
parce qu’elle
sait les tourments
des
familles
Et qu’elle voit
bien
à la kermesse
que les
trisomiques
ont,
même joyeux,
ce regard
triste
affolé
à l’idée
de commettre
encore une
autre
bourde
ne pas
encore
suffisamment
bien faire

La soeur d’Ai
s’est fâchée
tout rouge
et c’était
rare
de
l’entendre
crier
quand elle a découvert
qu’un des ados
avait
entraîné
les autres
à un jeu
qui les faisait
beaucoup
rire.

A tour de
rôle
au carrefour
près de
l’école
pendant que les
parents occupés
s’occupaient
des
stands,
ils levaient
le bras
bien droit
très haut dans le ciel
la main à plat
en montant
sur la
pointe des
pieds
pour héler
un taxi

Les taxis
noirs en gants
blancs
ouvraient,
la bouche
ouverte
surpris
par les
héleurs,
la porte arrière
gauche
de leur taxi
en se disant
mince
j’espère que je vais
le comprendre
ou bien
la famille
va l’accompagner
elle doit être
derrière le
carrefour

Mais une fois la porte ouverte
le groupe des
copains trisomiques
s’enfuyait en
courant
en courant
en riant
en riant
en riant
la main
devant la bouche

Ils ont
moins
rigolé
quand la
sœur de
Ai
s’est fâchée

tout rouge
Et les plus
petits
se sont mis à
pleurer
quand les
parents
sont arrivés
pour voir
ce qui s’était
passé

Etsuko, Ai et Nami
ça les a
fait
rire
cette blague
Etsuko
a dit
« pourquoi les
engueuler,
nous, c’est
bien ce qu’on fait
aux
hommes »

Ai et Nami
ont rigolé
très fort
en se disant
qu’il n’y avait
qu’Etsuko
qui faisait
cela
aux
hommes

Ai et Nami
savent
pour
Etsuko
pour le
soap
land

Elles savaient
avant
qu’Etsuko
ne leur
dise

Elles ne jugent
pas

Ai trouve cela
un peu sale
plus sale
que ses doigts
noircis
par la station
service

Nami
voudrait juste
être
quelqu’un

Quand elle
leur a dit
Etsuko
pour le
Soapland
elle a fait
une blague
qui est
devenue
leur blague

Et entre elles
pour se faire
rire
elles se
reniflent
doucement
l’air de rien
le dessus
de la
main

Parce qu’Etsuko
quand elle leur
a dit
pour le
Soapland
elle a dit :
nous sommes
le groupe des
trois
senteurs

Toi, Ai, tu as
beau te laver les mains
tu sens
toujours
l’essence
le regular
ou le vieux
pneu

Toi, Nami,
on sait bien
qu’Akira
ne t’emmène
plus au
Love Hotel
parce qu’il
préfère économiser
pour ses
gadgets
qui ne sentent
tellement rien
que tu sens le
mu

Et moi,
eh bien
j’ai beau
me laver
je n’y peux rien
je sens…
je sens
le
savon

Et elles ont ri
Et elles ont ri
Et elles ont ri
comme quand
on fait mouche
avec une vérité
qui fait
très
mal

Le savon, l’essence, le rien
Nami, Ai, Etsuko
elles voudraient
savoir
elles voudraient
bien savoir
ce que c’est
que de sentir
ce que c’est que de sentir
la vie,
la vie


5 novembre 2008

Akira sous les ponts

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 6:47

Akira Matsumoto
aime bien
son métier,
conducteur
de shuttle
pour
MK shuttle

Il a le sentiment
de
voyager
d’aller loin
d’être pilote
d’être utile
de rendre
service
pour des choses
importantes

Il l’aime
son shuttle
neuf
places
qui prend
à leur porte
les voyageurs
pour les conduire
à l’aéroport
et les ramène
à leur porte
au retour

Ce n’est pas
un intellectuel
comme son père
Akira
lui aime
les gadgets
son gps
dernier
modèle
son portable
dernier
modèle
sa console
de jeu
dernier modèle

Akira,
il aime
installer
xp sur son macpro
et
ubuntu sur son vaio

La femme
d’Akira
lui
en veut
d’aimer
les gadgets
derniers
modèles
mais Akira
travaille
tellement
si tôt
si tard
qu’elle ne dit
rien

Et puis elle n’oserait
jamais
la femme d’Akira
dire quelque chose
la femme d’Akira
ne dit jamais
grand chose.
Elle n’en pense
pas
moins

Akira
faisait
sa pause
du matin
Après
deux
allers-retours
à
KIX
quand il vit
son copain
Ichiro

Il le vit
traverser
Kawabata
pour
descendre
sur le bord
de la
rivière
aux canards

Ichiro
cela fait
très longtemps
qu’il ne l’avait
pas vu
Ichiro
ne vient plus
aux réunions
des anciens
du
lycée
Akira ne savait pas
qu’Ichiro
était à
Kyôto

Akira
gare
rapidement
son shuttle
dans un
parking
à cent yens
les 10mn
traverse
en courant
Kawabata
et descend
sur les bords
de la kamo.

Akira
ne voit
personne
Les oiseaux
Deux p’tits vieux
qui pèchent
Mais pas
son
copain de Baseball
de lycée

Akira marche
un peu
sur les bords de la
rivière
revient
sur ses pas
et soudain
a un doute
Il se demande
s’il a bien vu
Ichiro

Akira revient
sur ses
pas
Akira
passe sous
le pont

Et comme sous
tous les ponts
rive gauche
de la Kamo
Akira voit
les trois
abris
de
SDF

Akira
se rend compte
qu’il aime
Kyôto
parce qu’on n’y voit
jamais
la misère

Ce n’est pas comme
Osaka
ou des clochards
crasseux
s’exposent
sur le sol
à la gare

Non, à
Kyôto
la misère
la crasse
ça n’existe
pas

Akira n’aime
pas
les poussières
les traces
de doigts
sur
sa Nintendo
blanche
Akira
conduit
évidemment
en gants
blancs
pas
parce que c’est le
règlement
mais pour que le
volant
reste
brillant

Akira a
dans le
coffre
de sa
Keijidosha
deux
plumeaux
en plumes
d’autruche
véritables
et dès
qu’il
s’arrête
il
plumeaute
sa Kei
quand sa femme
ne se précipite
pas pour le
faire
avant
lui.

Akira
n’aime
pas la
crasse
et il ne
comprend
pas pourquoi
la mairie
laisse
ses
baraques
en bâche
bleue
qu’on ne
voit pas
mais qu’on voit
si on
passe
sous les
ponts.

Akira se
retourne
parce qu’il
a un doute
il n’en a vu
que deux
des cabanes
en bâche
bleue.

Non, il y en a
une
troisième
en
bâche grise
ciment

Un cube si parfait
à la couleur si
incolore
qu’on ne le
voit
pas
même
quand on
passe
devant

Alors
Akira
a un
doute
car
il sait
qu’Ichiro
est architecte
qu’il se souvient
d’Ichiro
comme
toujours
soucieux
de
perfection.

Akira
s’approche
« Ichiro ? »

« Ichiro ? »

« Ichiro ? »

Le clochard
de la tente
bleue
d’à côté
qui
pue les
pieds
soulève
sa bâche

« Ichiro ? »

« Ichiro ? »

« Va t’en »


 
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