19 janvier 2008

三十三間堂 Sanjûsangendô : le même et l’autre

Filed under: Texte — Stéphane Barbery @ 18:28

D’abord et à nouveau : bing. Stupéfaction devant le travail du bois, l’expressionnisme musculaire hypertonique des statues. Force, mouvement, présence, énergie potentielle actualisée dans l’instant, kiai en vidéo : animé. Les statues sont animées comme des gif. Anima : l’âme. L’inverse du paquet, de l’objet. Autrement dit : chefs-d’oeuvre.

Je ne parle pas des 1000 statues mais des 28 gardiens. Pour les mille statues, l’effarement vient de savoir que ce sont des pièces en bois, uniques. Pas des clones d’argiles. Pas des briques. Mais des sculptures singulières. Toutes pareilles. Je pense aux sculpteurs. A Sisyphe. A la folie religieuse, à l’amour des entiers et des chiffres ronds. Au génie gâché. Et à celui qui s’exprime malgré tout dans cette folie même.

Et puis une connexion vient qui ouvre de nombreuses pistes : je n’ai jamais rien compris au panthéon bouddhique avec ses gardiens, ses généraux, ses dieux hindous ou perses recyclés sous la pression de l’animisme populaire. Et puis surtout, il n’y a rien de moins japonais que cette profusion redondante de divinités aux noms étranges qu’on sollicite en transcription phonétique d’un sanskrit qui a beaucoup voyagé.
Voilà : je n’avais jamais perçu à quel point l’Inde avait rayonné ici. Comme les grecs ou l’ancien testament pour la culture occidentale. Je ne viens qu’aujourd’hui de percevoir le Japon comme stratifié, lui qui met toujours en avant sa spécificité homogénéisée par l’appropriation de l’amalgame.

Ame. Amalgame.
Chuis nul, mais j’aime le go.


 
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