3 juillet 2014

Chante le nuage

Filed under: Les Chansons du Chien — Stéphane Barbery @ 16:58

Nuages : insubstantif; lumatière - 02

Dans l’eau claire de la sente
l’ingrat ne voit pas le reflet
le mortuaire
de son ingratitude
Ni sa bouderie sotte
Son caprice de mouflet
Sa haine du maître
à démériter
l’amour du maître

« Chante » chante le nuage

L’ingrate y voit l’eau claire
le rien
le sien
le mouvement de ses tous-les-jours transparents
plus clairs que le goût de l’eau
et qui la parfume d’une exhalaison
de bouche ouverte
cariée

« Chante » chante le nuage

Et toi, à prendre la sente au sérieux
Si elle est ta corde
non ton fil de fer
mais ton fil d’eau
Si tu suis l’eau
de tes larmes à rester silencieux
face à la haine morte
de l’ingrat
face à la haine triste
de l’ingrate

Alors tu montes
avec l’eau qui descend

« Chante » chante le nuage


2 juin 2014

Atelier « Traduction du Petit Prince », mardi 3 juin 2014, Yoshida Yama, 14h00 : chapitre 2

Filed under: Atelier Poésie — Stéphane Barbery @ 1:53

à l'admirable Désert

Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie est libre d’accès. Il est gratuit.
Il se déroule chez moi à Kyôto (5mn de l’arrêt de bus Ginkakuji Michi).
C’est la raison pour laquelle les personnes qui voudraient y assister pour la première fois devront impérativement me contacter au préalable : barbery@gmail.com

La langue de l’atelier est le français. Toute personne, quel que soit son niveau de français, peut y participer.

Chaque séance est consacrée à la traduction commentée du Petit Prince de Saint Exupéry en Japonais.

« J’ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement…. »

La décision a donc été prise de transformer, pendant un temps, « l’atelier poésie » en « atelier de traduction du petit Prince de Saint Exupéry.

Il existe de nombreux livres en japonais invitant à apprendre le français en utilisant ce texte comme support. La première des surprises a été de découvrir que le texte original en français est en général simplifié (« magnifique » devient « beau ») ce qui lui fait perdre une grande partie de sa saveur. La deuxième surprise a été de réaliser à quel point la traduction « historique » en japonais, la première, celle de 内藤 濯, est… mauvaise. La troisième surprise a consisté à prendre la mesure des différences parfois majeures entre les traductions (pour ne pas mentionner par exemple l’erreur épouvantable de la traduction du titre : 星の王子さま). Nous utiliserons pour cet atelier le livre contenant la version française non modifiée et la traduction intégrale de 小島俊明 publié par 第三書房.

A commenter le premier chapitre, nous nous sommes rendus compte d’une difficulté rencontrée par toute personne étudiant une langue étrangère, y compris à très haut niveau : la quasi-impossibilité de repérer les registres sociaux (et historiquement datés) de langue, implicites par des micro-détails de fréquence d’expression et que seule l’exposition directe à la vie sociale dans le pays de la langue permet d’appréhender.

Ainsi dans le premier chapitre, Saint-Exupéry passe d’un registre de langage d’un enfant de 10 ans, à celui d’un enfant de 6 ans, puis à celui d’un adulte « normal », puis à celui d’un locuteur littéraire. Cette confusion des registres, incroyablement difficile à traduire, ne serait-elle pas une faiblesse du texte qui permettrait d’expliquer pourquoi, à juste titre, le livre tombe des mains d’un enfant qui le découvrirait pour la première fois : un enfant sensible se sent insulté quand un adulte singe le parler bébé tout en le toisant avec des expressions de grande personne…

Ce sont ces nuances, ces implicites, ces contextes que nous continuerons d’explorer.

Liens :


28 mai 2014

Danser en amour

Filed under: Les Chansons du Chien — Stéphane Barbery @ 5:16

Sur le chemin d'une danse - 04

Ne tombe pas en amour
Tomber c’est douloureux
L’amour n’est pas un sol
une chute
L’amour n’est pas ta tombe

Ne sois ni la pluie ni la neige
Ni le masque ni l’arrêt
Ni la feuille ni les bras
Ni la foudre ni la bombe
Ne sois ni le chêne ni la pomme
Ni le jour au soir ni la larme ronde
Ne sois ni le voile ni la pierre
Mais sois le feu du phare
Le chant dans la lumière

Prends la dans tes bras
Sens la presser ton dos
Là où tu ne l’attendais pas
Vous volerez
Vos épaules seront des ailes
Et vos cous
des fusées dans le ciel
Tu sentiras ses hanches
Et ses reins et les tiens
Vous vous allongerez
Là où il n’y a ni haut, ni bas
Ni le temps mais la danse

Ne sois ni la pluie ni la neige
Ni le masque ni l’arrêt
Ni la feuille ni les bras
Ni la foudre ni la bombe
Ne sois ni le chêne ni la pomme
Ni le jour au soir ni la larme ronde
Ne sois ni le voile ni la pierre
Mais sois le feu du phare
Le chant dans la lumière

Ne tombe pas
Mais danse
Laisse danser tes pas et tes mains
Et tes mots
Danse en amour
Danse avec elle
Fais la danser
Ne tombe pas mais danse
Alors danse
Danse en amour


16 mai 2014

A celle qui m’a laissé la lune

Filed under: Les Chansons du Chien — Stéphane Barbery @ 13:53

Quand Superman est un con - 02

L’amante de trois nuits m’a laissée la lune
Elle qui collecte chaque croissant
L’amante n’est plus là
Ni ses photos piètres
Mais la lune, kana

Mercredi, avant la lune ronde
J’ai laissé sa lumière blanche
Passer de la fenêtre à l’est à la fenêtre au sud
Pour teinter de froid mes draps trop propres
mes draps trop ternes

L’amante de trois nuits m’a laissée la lune
Elle qui collecte chaque croissant
L’amante n’est plus là
Ni ses photos piètres
Mais la lune, kana

La lune trop pleine ne s’est pas montrée
Elle s’était faite vilaine
Le ciel l’a enfermée
Dans des draps trop blancs
détrempés de froid

L’amante de trois nuits m’a laissée la lune
Elle qui collecte chaque croissant
L’amante n’est plus là
Ni ses photos piètres
Mais la lune, kana

Le jour d’après la ronde
La lune monte à ma fenêtre
Je suis seul, elle est jaune
Le pin y projette ses bras

L’amante de trois nuits m’a laissée la lune
Elle qui collecte chaque croissant
L’amante n’est plus là
Ni ses photos piètres
Mais la lune, kana


13 mai 2014

La Maïko qui louche

Filed under: Les Chansons du Chien — Stéphane Barbery @ 10:49

Chopin-nashi - 06

La Maïko qui louche est une danseuse.
La meilleure danseuse.
Il y en a toujours une.
Une par génération.

La Maïko qui danse ne croit pas au béguin
Au cœur qui bat
- pas avec ses yeux -
Mais elle croit et prie par la danse
Et le costume
Et le masque blanc du fond de teint

La Maïko qui louche est allergique
à l’alcool
Une Maïko, ça ne boit pas
Ça n’a pas le droit
On ne boit pas avant vingt ans
La Maïko qui louche a dix-sept ans
Mais elle a tenté. On l’a tentée.
Elle connaît sa nuit.

Elle sait qu’elle ne sera jamais Geïko
Parce que Geïko, ça doit prier, aimer
dans l’alcool
survivre d’être grise
Pour oublier la vulgarité
des clients et de l’argent et des semblants
et des jalouses
Boire et faire boire
Pour libérer, pour enterrer
Le feu

Alors chaque nuit de coton démaquillant
La Maïko de dix sept ans pleure
dans l’invisible
Ou alors dans la pluie
En comptant les jours
Où elle ne dansera plus
Moins de mille.

Le jour où on ne la regardera plus, suspendu, comme
La déesse qui danse
Le jour du retour au rictus lancé au sol
à la froide qui louche
Elle mourra
Elle mourra quand elle ne sera plus la lune
Qui monte plus intense que la vie
Elle mourra quand on ne verra plus que ses yeux
Et la glace marbrée, granit
de
l’absence au mouvement

Elle qui est faite pour aimer


 
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