12 août 2015

Forge de Katana : salle des fêtes de Manigod, lundi 24 août 2015, 21h

Filed under: Sanctuaires — Stéphane Barbery @ 8:53

Forge de Katana, Manigod, 24 août 2015

En visite exceptionnelle en France pour une démonstration au festival d’Aubrac, un maître forgeron de sabre japonais nous fait l’honneur de présenter son art à la salle des fêtes de Manigod, le lundi 24 août 2015 à 21h.

Manabe Sumihira sera accompagné de Pierre Nadeau, forgeron québécois de sabre qui a réalisé sa longue formation au Japon et grâce à qui cette soirée est possible.

Ils viendront avec deux véritables lames, quelques uns de leurs outils, et des documents vidéo permettant à tous de comprendre le fantastique art de la forge de katana.

Même en visitant le Japon en touriste, il est quasiment impossible de pouvoir avoir la chance de faire cette expérience rarissime.

Merci de transmettre cette information à toutes les personnes intéressées par la culture japonaise, ou simplement curieuses.

Pour tout contact et demandes de renseignement : barbery@gmail.com

La salle des fêtes de Manigod peut contenir 200 personnes. Si vous souhaitez réserver vos places, envoyez un mail avec votre nom et le nombre de présents à : barbery@gmail.com

Pour éviter l’effet « gratuit = sans valeur » et alors que cette soirée exceptionnelle est organisée sur le principe exclusif du bénévolat, une entrée symbolique sera proposée :
– tarif normal : 5 euros
– tarif réduit (sans justificatif) : 2 euros
– tarif enfant : 1 euro (ou un dessin pour le maître japonais)
– tarif soutien : 10 euros et plus
Les fonds récoltés servent à aider au financement de la venue d’un autre maître japonais l’année suivante.

Liens :

Présentation

Faut-il être malade ou vivre dans une société malade pour s’intéresser aux armes ? Faut-il être nanti du privilège de ne pas avoir connu la guerre, faut-il jouir du luxe d’une société pacifiée où chacun n’a pas à protéger lui-même sa vie d’une possible agression mortelle, pour énoncer le truisme simplet : « les armes, c’est pas bien ».

Un objet créé pour détruire – et pour détruire spécifiquement des êtres humains – n’y-a-t-il pas là quelque chose d’abominable, qui va à l’encontre de la mission de toute existence qui devrait être d’ajouter du bon, du beau, du sens au monde ?

Pour qui s’intéresse à la culture japonaise, la forge de sabre pourrait donc avoir un intérêt très sensiblement inférieur aux arts traditionnels comme le noh, le thé ou la calligraphie.

Pourtant le katana, arme rendue caduque par les armes à feu modernes, est la source indéniable d’une fascination universelle qui rencontre bien plus d’écho que ces arts d’accès difficile.

L’imaginaire des films de Kurosawa, l’impact mondial de Kill Bill, les anime et les jeux vidéos, l’attrait inépuisé pour les arts martiaux japonais comme point culminant du duel pré-poudre-à-feu, témoignent que le sabre japonais est un mythe non seulement vivant mais curieusement devenu universel à une époque où il n’est plus utilisé.
Dans notre civilisation de la Kalach, de la bombe H et du porte-avion pourquoi le katana produit-il cette fascination ?

Il n’est pas simple de répondre à cette question.

Tout interdit, tout tabou provoque une attirance/répulsion au regard de sa transgression. Il n’y aurait pas d’interdit s’il n’y avait pas de désir de commettre l’interdit. L’interdit du meurtre (en réalité : sa restriction réglementée) est une condition sine-qua-non de la survie de toute société.
Tenir dans ses mains un objet nous rendant capable de transgresser l’interdit du meurtre produit un frisson à la hauteur du tabou. L’arme nous met en demeure de mesurer notre rapport à l’interdit, à la violence potentielle qui pourrait sourdre de nos pulsions irrégulées. Qui n’a jamais rêvé de supprimer ceux qui nous menacent, qui nous font ou nous ont fait du mal, ceux qui barrent l’accès à nos désirs les plus puissants ?

Alors que le katana a aujourd’hui perdu sa fonction, il continue de produire quand on l’approche cette tension psychique, sur le registre de la transgression ou de l’effroi (selon que l’on se place imaginairement en position d’agresseur ou de victime), très proche d’une émotion esthétique – parce qu’on sait que l’objet n’est plus « en service ». L’ultra-sensibilité funambule de la tension vient de ce que l’on a simultanément conscience qu’un simple geste, qu’une simple maladresse, lui permettrait de retrouver son usage.

La nudité tranchante du Katana fascine aussi par sa simplicité. Aucun mécanisme n’est impliqué dans son emploi. Un mouvement élémentaire du corps suffit. Contrairement aux armes à feu dont la machinerie interne est cachée, sa puissance est entièrement manifeste.

Le katana semble donner une texture à la bulle d’espace qui nous entoure en la matérialisant comme un champ de force. Grâce à sa présence, le périmètre autour de nous devient à la fois un sanctuaire protégé, et un domaine contrôlé par une violence potentielle condensée en un mouvement élégant.

Cette sensation de bulle de force et de présence contrôlée qui se déploie autour d’un porteur de katana, on ne la ressent pas, ou pas avec la même intensité, quant on pense à d’autres sabres d’autres cultures. Peut-être sommes-nous ici simplement victimes d’une illusion produite par le kendô, par les films aux combats chorégraphiés et que nous attribuons ainsi au katana ce qui ne lui appartiendrait pas, réellement, sur un champ de bataille.

Le katana tire ainsi sans doute son aura non de ses aptitudes per se, notamment dans des batailles organisées, mais de ce qu’il représente comme symbole d’une classe d’homme dont la vie est dévouée, à la manière d’une pratique religieuse, à l’exercice d’une voie, communément appelée en Occident, bushidô, tissée de rigueur, d’honneur et de vertu, et visant la perfection.

Par cette connexion, le katana se transforme en un symbole sacré – à la manière d’un crucifix – de cette religion militaire qui emprunte triplement :
– à l’animisme shintô et son obsession de la purification dans un monde enchanté, polythéiste, où les esprits mauvais se manifestent aux hommes et peuvent investir les objets, notamment les plus purs. Les histoires de lames « possédées » sont un lieu commun du folklore nippon et des Japonais contemporains pourraient se sentir mal à l’aise de la présence d’un katana chez eux aujourd’hui moins pour le danger « mécanique » qu’il représente que pour l’inquiétude « kamique » qu’il pourrait convier.
– au bouddhisme zen et son acceptation neutralisée de la mort – dans un contexte de longues guerres civiles où le guerrier la côtoie constamment sur un registre brutal.
– au confucianisme et son obsession du devoir et de l’abnégation pour la préservation de l’ordre social.

Par infusion, le katana a été habillé des qualités et des caractéristiques de ces imaginaires nobles. Il n’est plus un simple objet, il est plus qu’une arme : le symbole d’une ascèse, d’une voie non-monothéiste, d’une vie consacrée au dévouement à la vertu et au sacrifice de soi. A ce titre c’est un symbole qui honore l’existence humaine. C’est probablement en cela qu’il attire la convoitise en ce que cette dimension noble fait passer légèrement en retrait la fascination directe pour la violence qu’il contient potentiellement.

Pourrait-on vraiment, dans une caricature d’interprétation psychanalytique, évoquer le caractère phallique de l’objet pour expliquer encore la fascination qu’il suscite ? Cette idée un peu bébête ne m’a jamais vraiment convaincu. Un sexe en érection ne tranche pas. Pourtant la recherche de l’objet pénétrant, d’estoc, parfait, objet de comparaison et de compétition – le plus beau, le plus puissant -, exhibé dans son étui pénien porté à la ceinture, est indéniablement connecté à la psychologie masculine. Mais alors pourquoi d’autres épées, d’autres lames n’ont-elles pas conservées le même statut ? Pourquoi le katana est-il devenu le symbole presque romantique de la nostalgie du croisement de fer ?

La question du genre de cet objet est complexe.
En tant qu’objet inanimé, on le ressent neutre. Hors genre.
En tant que sabre, en tant qu’arme montée, il résonne, comme nous l’avons vu, du masculin.
Mais la lame seule, dans sa nudité, sa beauté, sa perfection, qui, à la fois, semble avoir une âme et symboliser les qualités d’âme de son propriétaire, nous place plutôt dans le registre du féminin.

Aujourd’hui où le sabre n’est plus employé comme arme, si l’on écarte la dimension bushido, c’est ce registre féminin, dématérialisé, spirituel, qui semble être l’origine principale de la fascination qu’il produit.

La lame fascine :
– Parce qu’elle tranche. Comme un esprit, une intelligence supérieure. Parfaitement. Indifférente à toute résistance. Démontrant son pouvoir dans sa capacité à se poser sans avoir à passer par une phase dialectique d’opposition.
– Par sa solidité, la sensation d’immutabilité qu’elle produit, qu’on intuitionne liée à une paradoxale souplesse. Comme si, douée d’une conscience propre, elle était capable de changer magiquement de phase pour traverser la matière sans contre-coup. Les bruitages de vibrations cristallines aujourd’hui rajoutés dans les films lorsque la lame est montrée nue révèlent cette appréhension presque méta-physique de sa nature.
– Par ses caractéristiques visuelles, miroir, qui en font comme un objet de lumière immaculée qui semble pouvoir échapper, même sans entretien, à l’usure du temps.

Les connaisseurs se concentrent sur d’autres dimensions – moins mythologiques – de la lame. Leurs évaluations, instruites par l’expérience, relèvent du même type de processus que ceux rencontrés chez les experts d’art. Par exemple dans l’appréciation d’un bol de thé, d’un masque de noh, d’une calligraphie.

La lame d’un sabre est ainsi évaluée :
– pour ses formes
– son « grain de peau »
– les motifs qui l’habille (lignes de trempe, traces de limes sur la soie)

Nommer ses critères nous met devant l’évidence de la nature féminine de la lame. Et du rapport presque érotique à l’objet dont la chaleur est contrebalancée par l’effroi produit par le fait qu’on n’oublie jamais qu’il s’agit d’une arme non seulement capable de, mais conçue pour tuer. Comme si le katana constituait la matérialisation d’une nymphe nue de la violence absolue, d’une déesse dévêtue de l’homicide.

La lame produit donc une vibration d’ambivalence irrésolue.

Irrésolue jusqu’à ce qu’on s’intéresse à son processus de fabrication.

Peut-être n’est-il pas exagéré de dire que le plus beau dans la lame japonaise, c’est sa fabrication.

Deux dimensions de cette création produisent dans leur combinaison le sentiment que la forge de katana se situe bien au-delà d’un simple artisanat :
– le perfectionnisme typiquement japonais qui ici ne supporte pas la moindre approximation. De la même façon qu’il existe une voie des arts martiaux, la forge de sabre est, pareillement, une voie sans fin visant non simplement l’excellence mais la perfection sans limite. Cette quête implique une pratique et une dévotion religieuse, noble, fière, patiente, entêtée. Elle implique de viser toujours plus haut. Et à ce titre elle honore le « faber » humain. Elle inspire.
– la dimension alchimique, non-technologique, élémentaire (dans le sens où elle fait appel à des éléments premiers : bois, fer, feu, eau, terre, air) mais incroyablement sophistiquée (elle est le produit sur plus de mille ans de générations de forgerons de génie qui ont su trouver les solutions les plus fines) d’une technique qu’un Robinson pourrait déployer presque seul.

Prendre conscience des étapes du processus et de l’expertise requise par chacunes suscite immédiatement une admiration illimitée pour les forgerons. Une admiration bien plus grande encore chez tous ceux qui comme moi n’ont jamais appris à se servir de leurs mains pour créer des objets matériels.

Il faut s’imaginer prélever des seaux de sable, sentir sa peau cuire pendant plusieurs jours et plusieurs nuits blanches près d’un gros foyer alimenté au charbon d’un certain type de bois pour produire des amalgames d’acier aux caractéristiques requises. S’imaginer savoir repérer, sans machine, les différents aciers, un plus dur qui tranchera, un plus tendre, qui ne cassera pas. S’imaginer plier puis replier encore, l’esprit à l’oreille absolue du métal, le marteau du forgeron en main comme un archet de violoncelliste, pour former les aciers qu’il conviendra ensuite d’associer, qu’il conviendra d’étirer, de mettre en forme, tout au long d’un processus physiquement éprouvant où la moindre approximation pourrait produire un un défaut annulant tous les efforts précédents. Il faut imaginer l’application lente, ultra-minutieuse, d’argiles pour créer des lignes de trempe dont l’équilibre, le rythme, les caractéristiques formelles n’ont rien à envier à la calligraphie ou au sumi-e – dans un processus quasi-aveugle, reposant sur la seule anticipation issue de l’expérience car ces lignes ne se révéleront que bien plus tard lors du polissage réalisé par un spécialiste. Il faut s’imaginer lire la température du métal à sa couleur dans la forge, rectifier, rectifier encore pour trouver la forme parfaite, à la façon d’un sculpteur. Il faut s’imaginer graver, limer, signer dans un processus sans reprise possible. Et avoir la conscience permanente que toutes ces opérations créeront une lame qui aura en son pouvoir, en sa responsabilité, des vies humaines – au temps où le katana était encore utilisé.

A notre époque où nous écrivons et lisons sur des objets dont aucun être humain ne pourraient comprendre et expliquer seul, dans son intégralité, le fonctionnement et les étapes de production, être face à un objet vibrant d’une force formelle et symbolique intense et que quelques hommes peuvent produire à partir de sables et de bois non seulement apparait plus magique qu’une usine automatisée de composants électroniques, mais suscite une admiration chaleureuse, pleine d’un respect émerveillé devant l’aptitude des êtres humains.

C’est cet émerveillement que nous partagerons le lundi 24 août 2015 à la salle des fêtes de Manigod, à 21h, en accueillant Manabe Sumihira et Pierre Nadeau, forgerons de Katana pour une soirée de présentation de leur voie.


24 mai 2015

何となう死に来た世の惜しまるる

Filed under: Poésie — Stéphane Barbery @ 23:44

Kôyasan : ni un dimanche, ni en voiture - 34

Pour la troisième fois, je reçois par mail une demande de la version japonaise de ce haïku de Natsume Sōseki :

Sans
savoir
pourquoi
j’aime
ce monde

nous venons
pour
mourir

Voici le texte trouvé que j’ai pu trouver. Sans garantie.















Par pitié, ne vous le faites pas tatouer : si vous souhaitez le porter, pensez à un bijou ou à un vêtement…


13 mai 2015

Quelques notes sur la traduction de haïku

Filed under: Atelier Poésie — Stéphane Barbery @ 1:07

佐助 - 鋏鍛冶 - 07

Ci-dessous des notes abrégées pour partager quelques idées surgies lors de l’atelier que nous avons décidé hier de consacrer à la traduction de quelques haïku de Issa (choisis dans le « Et pourtant, et pourtant » des éditions Moundarren, éditions que je ne recommanderai jamais assez suffisamment).

– Un haïku ne fait sens que sur une seule ligne verticale. Le regard doit se sentir choir, comme une goutte d’eau de pluie, un caillou.
– L’instantané n’est pas compatible avec l’horizontalité, flèche du temps qui sollicite la durée, fut-elle brève.
– L’horizontalité renvoie à la ligne mélodique quand le haïku est proche du « oh » de la surprise.
– La mise-à-la-ligne en plusieurs vers (5-7-5) construit la sensation d’une architecture à étages, d’une machine, d’un corps démembré. Quand le haïku lui est de l’ordre de l’unité organique, goutte de rosée.
– Une traduction en français devrait donc reprendre la verticalité unilinéaire.
– La publication actuellement possible sur écran (notamment e-ink) permet de mettre fin à la culpabilité de gâcher du papier.

– Si l’essence de la poésie est le kotodama via le chant (souffle, rythme, invocation magique), le système d’écriture japonais permet un kotodama via le regard. En japonais, la possibilité d’écrire un mot en hiragana ou en kanji permet de créer une intention dans le choix de l’une ou l’autre graphie. Ecrire 「une mouche」「はえひとつ」「蝿一つ」ou 「蝿ひとつ」ne « dessine » pas la même scène. 「蝿ひとつ」crée l’image de la mouche qui par succession de petits vols énerve.
– Cette flexibilité d’écriture qui ajoute une dimension sémantique pictographique, presque manga, à un poème peut rendre le lecteur français fébrile lui dont l’identité groupale repose sur une orthographe arbitraire unique fixée par la loi.
– Attention pourtant à ne pas imputer à un auteur une version calligraphique particulière. L’auteur pourra avoir écrit son poème dans le seul kotodama du chant : en hiragana. Le texte que le lecteur lit peut être ainsi l’interprétation (au sens musical) calligraphique de l’éditeur, non du poète.

– L’intraduisible kireji final 「哉」, « kana » donne accès à une dimension fondamentale de la société japonaise qu’il est difficile d’imaginer quand on n’a pas vécu dans l’archipel : la gentillesse et l’entretien permanent du lien poli avec autrui par l’emploi d’un question tag humble. Au Japon, presque toute déclaration devient interrogative pour solliciter le retour de l’interlocuteur.
– 「哉」, « kana », en haïku, a une fonction symbolique d’arrêt. Pourtant il est impossible de le dissocier du « kana – peut-être » utilisé au quotidien qui accorde à autrui ce statut de coparticipant dans la parole. Le kana fait surgir le lecteur – dans le poème.
– Le 「哉」 du haïku est à l’opposé du verbe créateur biblique qui semble servir de modèle à la poésie occidentale où l’auteur est contraint à la position de prophète assénant de l’éternité indiscutable.
– La dimension d’incertitude introduite par le 「哉」crée également un flou, un bokeh, qui place la proposition du poème dans le registre de la demi-veille, du rêve, de la transe légère, de l’étonnement enfantin. Il sollicite chez le lecteur cet état, partage ce contexte interne de création. Le kana crée une zone de projection/identification forte pour le lecteur alors qui est repoussé hors-champs dans la poésie occidentale.

– Une simple expression comme 「南無阿弥陀仏」, Namu Amida Butsu, requiert une très longue explication pour permettre au lecteur de comprendre le contexte de cette formule et donc le sens, les nuances multistrates, de son utilisation. Deux simples lignes de notes approximatives ne suffisent pas.
– Il faut connaître l’ambiance populaire, de ferveur de grand-mères, polythéiste, superstitieuse mais candide, bon-enfant, du bouddhisme de la Terre pure, pour comprendre la légèreté distante utilisée par Issa et qui n’a rien à voir avec une foi impliquante.
– Il faut connaître l’origine des prières bouddhiques au Japon et le fait que ces signes ne font pas sens puisqu’ils sont une traduction en chinois d’un texte sanscrit pour comprendre que la succession de ces caractères ressemble à une incantation magique pour un Japonais.
– Il faut sans doute avoir vu le kyogen Shûron 「宗論」, où se disputent deux prêtres, l’un Terre Pure, l’autre Nichiren, leur bataille façon cour de récréation à coup de prières devenue slogans de supporters (« Namu Amida Butsu » vs « Hokekyô »), leur confusion et leur inversion finale, pour prendre conscience de l’humour, du sourire dans l’utilisation par Issa de cette formule.
– Ce qui pourrait passer pour une marque de foi pieuse pour un lecteur occidental ignorant le statut des religions au Japon, leurs différents parfums, la nature quotidienne mais non investie de la prière, est en fait un trait d’humour, un clin d’œil. Le lecteur occidental ne devrait pas être conforté dans la représentation erronée d’un Japonais cimenté dans un esprit de sérieux monobloc.
– Pourtant, la compassion pour les petites choses, dans un contexte diffus, pas vraiment validé mais pourtant présent, de réincarnation et de karma, est là, en écho lointain, dans le texte. L’enfance d’Issa le conduit à s’identifier aux petits sans défense. Et l’on ressent son pincement au cœur au moment où il tue la mouche. Mais un haussement d’épaules enfantin aussi. Dans la satisfaction d’avoir mis fin à un agacement de lèse-majesté. Tout cela en 5-7-5…















A
chaque
mouche
que
je
tape
「Namu
Amida
Butsu」,
kana


4 mars 2015

Balade 03, Fushimi Inari – 20 février 2015

Filed under: Quotidien — Stéphane Barbery @ 11:23

balade03

-Balade 03 – est un fichier pdf contenant un manga de 25 pages.
Vous pouvez le télécharger à cette adresse :

https://drive.google.com/open?id=0By0_m19Gut58ZnNiaWFXcVNWQW8&authuser=0

Balade 03 a été créé sur iphone et ipad, en quelques heures, morcelées. En utilisant Visual Haiku et Halftone2.


1 mars 2015

Atelier Poésie/Traduction : Flaubert, extrait d’Un Cœur Simple

Filed under: Atelier Poésie — Stéphane Barbery @ 13:22

Stratochromatisme portais

Cet atelier mensuel d’échanges franco-japonais sur la poésie, la littérature et l’esthétique est libre d’accès. Il est gratuit.
Il se déroule chez moi à Kyôto (5mn de l’arrêt de bus Ginkakuji Michi).
C’est la raison pour laquelle les personnes qui voudraient y assister pour la première fois devront impérativement me contacter au préalable : barbery@gmail.com

La langue de l’atelier est le français. Toute personne, quel que soit son niveau de français, peut y participer.

La séance prochaine sera consacrée à un extrait d’Un cœur simple de Flaubert.

Le principal divertissement était le retour des barques. Dès qu’elles avaient franchi les balises, elles commençaient à louvoyer. Leurs voiles descendaient aux deux tiers des mâts, et, la misaine gonflée comme un ballon, elles avançaient, glissaient dans le clapotement des vagues, jusqu’au milieu du port, où l’ancre tout à coup tombait. Le bateau se plaçait contre le quai. Les matelots jetaient par-dessus le bordage des
poissons palpitants, une file de charrettes les attendait, et des femmes en bonnet de coton s’élançaient pour prendre les corbeilles et embrasser leurs hommes.

Après avoir traduit ce court passage, nous tenterons d’établir des liens entre l’esthétique et les procédés utilisés par Flaubert, et l’art japonais.

Liens :


 
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