30 avril 2008

Singer le fuzei c’est tuer le fuzei

Filed under: esthétique — Stéphane Barbery @ 7:39

Le Japon, c’est quintessencier : une succession de réductions-distillations.
Qui boucle : sans perte d’informations entre la première et la dernière étape. Chacune contient et peut produire toutes les autres. Un zip parfait à exécutable universel où le micro exprime le macro, l’identité, la correspondance des plans, l’arbitraire de l’échelle.

La réduction du message a pour seul but de concentrer son effet chez le récepteur. Comme une baffe, un baladeur, un pastis non dilué.

Monde -› un paysage -› un jardin -› un poème -› le Monde …

*

Symétrie d’échelle : le Japon, c’est l’attestation fractale du monde comme fractal.

*

Pour ziper, il faut être en transe : solliciter le traitement analogique des sous-systèmes spécialisés d’information à haut débit de notre cerveau en court-circuitant le contrôle exécutif de notre conscience réflexive.
Pour entrer en transe, il faut un inducteur. L’inspiration, le fuzei (風情).

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Le Japon, c’est sélectionner le Monde, le paysage, le jardin, le poème pour qu’y passe un flux de fuzei aussi strangulant que la voix lactée, purifiant comme un exorcisme orchestré par Buddha, solaire comme Amaterasu.

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Hier, au temple Jonan-gu, j’ai vu des ploucs emperruqués parodier pour des cameramen de télé vulgaire une cérémonie de Kyokusui no Utage, un jeu de cour Heian, à base de poèmes à thème imposé, de séduction, de coupelles à sake flottant, comme des SMS, sur un petit cours d’eau.

Hier : ni grâce ni esprit. Un pâté en boîte à base de viandes date-limite.

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Quelqu’un avait dû schnouffer l’eau du circuit car les carpes du bassin semblaient toutes sous perfusion de guronsan. Elles flotteraient ce matin le ventre en l’air que je n’en serais pas surpris.

*

Seul oxygène dans ce marasme d’animation de supermarché : l’une des quatre mousmés ouvrant la cérémonie par une danse, grelottante, à Katsura. Là, dans un éclair qui prend aux reins. Du fuzei pur.


29 avril 2008

L’Un

Filed under: esthétique,sociologie — Stéphane Barbery @ 8:18

Depuis quelques jours, je ressens que commencent à faire réseau les micro-sensations que je collecte depuis le premier jour de notre arrivée et qui restaient jusque là isolées, subliminales.

Je ressens l’infini qui sépare mon Japon de janvier, l’actuel, et par inférence ce qui m’en apparaîtra dans quelques mois. L’idée est triviale mais la sensation grisante, picotante. Parce qu’elle émerge sur un fond d’émerveillement permanent.

Ci-dessous un exemple multi-strate d’associations qui se nouent, sans mon intervention, dans un ikebana de pensées.

a) Motto, motto

Une voisine de Sayoko, professeur de calligraphie, me répondait en février que ce qui caractérise les japonais c’est le « motto, motto » : toujours plus, toujours plus. Sa formulation mettait l’accent sur un excès négatif : l’insatiable. Pas la faim dévorante, pas l’avidité mais l’insatisfaction du chemin parcouru, le devoir d’aller plus loin.

Ce devoir existe. Et témoigne de la pression du groupe. Le désir occidental est un désir (mimétique) d’accomplissement. Le désir japonais serait-il un désir (obligé) de dépassement ? Non pas jouir mais ne pas faillir ? Moins le rêve que la peur ?

Cette dimension est indéniablement forte. Elle semble même l’une des structures primordiales du rapport aux autres des japonais, de leur engagement dans la vie.
Mais il ne s’agit là que d’un mauvais vinaigre. Un effet historique inertiel du shogunat puis du nationalisme du début du XXième siècle.

L’esprit source du « motto motto », c’est l’absolu, la perfection, le « jusqu’au bout » du geste calligraphique. Un esprit qui ignore la trouille. Qui ignore l’autre. Une attraction infinie pour le solaire.

b) Le geste calligraphique

Je ne connais pas Fabienne Verdier. Ni l’artiste, ni son oeuvre. « Fractale » me signalait juste son existence il y a quelques mois. Je suis retombé la semaine dernière sur cette piste que j’explorai dans wikipédia. Pour tomber sur cette citation.

« Si les Japonais ont fait du golf un jeu aussi populaire, c’est parce qu’il repose sur un geste profondément calligraphique, celui du lancer sans reprise, du coup réussi ou raté à l’instant d’être réalisé » (Cyrille J.-D Javary)

Le solaire est là. Dans cette conscience permanente de l’absence de repentir, dans le vivre permanent du lancer sans reprise.
L’occidental a immédiatement envie de nommer « perfection » (le coup parfait) cette quête. C’est sa veine « gorille » qui s’exprime là. Celle où il se frappe fiérot sur la poitrine en tournant la tête lentement de droite à gauche, le front haut. Comme un footballeur. C’est aussi sa veine petit enfant, qui cherche la reconnaissance de la maîtresse ou de son papa.

Mais le geste calligraphique n’est pas social. C’est celui d’un individu, seul, devant l’univers. « Perfection » n’est donc pas le bon terme.

Seul, face à l’univers, on cherche l’adéquat. A devenir la note juste, la pièce du puzzle, la clé de la serrure.

c) Eros

De Freud, il ne restera peut-être que ceci : on ne parle que de soi, de son enfance, que de sexe. On continuera à le vénérer à juste titre pour cela. Pas comme thérapeute. Ce qu’il n’a jamais voulu être.

Ces derniers jours, je redoutais que l’un de vous ne poste un commentaire du type : « dis, t’y serait-y pas obsédé à parler dans tous tes textes de sexe et de jouir ? ».

Premier niveau de réponse : pas plus que la moyenne d’un individu mâle de l’espèce humaine. Cela devrait faire sourire les lecteurs honnêtes.

Contextualisation qui annule la premier niveau de réponse, en multipliant par plusieurs facteurs la sensibilité à l’obsession : un individu mâle de l’espèce humaine… au Japon.

*

Je me balade dans Kyoto avec les mêmes sensations que j’avais à 6 ans quand je prolongeais mes allers-retours sur les plages où se prélassaient tant de femmes aux seins nus. Le sentiment de ne pas avoir suffisamment d’yeux. L’affolement d’avoir à tourner la tête de quelques degrés en permanence pour jouir du spectacle des signaux torrides irradiés avec grâce et fraîcheur par les femmes de Kyoto.

*

Kyoto, ça te transforme en loup de Tex Avery.
J’aime Kyoto.

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L’érotisme japonais est toujours vivant. Flottant. Présent. Stimulant.
Bon, faut dire aussi que c’est le printemps…

*

« Ch’cling » : bruit de connexion de deux neurones.
Freud – Verdier
Geste calligraphique – sexualité

Chacun fait l’expérience du geste calligraphique dans sa sexualité. La recherche de la fulguration solaire la plus intense de l’orgasme le plus fort : voilà la, euh, matrice, du lancer sans reprise.
Sans reprise, euh, vous m’comprenez, einh ?

Derrière le mystique ou le ceinture noire, il y a l’amant.
Le satori : oui oui, j’vois ce que vous voulez dire.

*

J’aime le Japon

d) l’Un

De l’orgasme à Plotin, continuons à p’loter.

« Triple Ch’cling » : connexion de plusieurs champs de neurones.
Le Bunraku – le gène égoïste – Kankiten et l’oeuf cosmique

Pourquoi l’orgasme ? Pourquoi l’espèce humaine, parmi bien d’autres, jouit-elle ? Une réponse néo-darwinienne de base consiste à faire de ce qui nous apparaît un summun le simple instrument d’un dessein plus vaste : la transmission de nos gènes. On ne jouit certes pas pour se reproduire mais on peut faire l’hypothèse raisonnable que le plaisir associé au script comportemental impliqué dans la reproduction a pour fonction d’entretenir, pour les individus d’une espèce, l’intérêt et l’actualisation de cette fonction.
Nous sommes le bunraku de nos cellules, les marionnettes de notre ADN.

Que vise l’orgasme ? A faire Un. Faire Un de deux entités pour, dans la fusion des gamètes, créer Un nouvel individu. Kankiten.

*

Le geste calligraphique, japonais, du spermato, c’est d’entrer dans l’ovule. Faire Un. Faire corps.

*

Cela m’amuse beaucoup de savoir que vous allez vous balader aujourd’hui, comme moi, avec ces idées en tête…


28 avril 2008

A quand un Hiakunin Isshu français ?

Filed under: esthétique — Stéphane Barbery @ 8:11

Hier, nous sommes retourné à Arashiyama, l’extrémité nord-ouest de Kyoto.
Le bord de Marne impressionniste du coin.
Où l’on vient flâner en famille, en mangeant des glaces à l’italienne – au matcha – , en ramant doucement des barques bleues sur la rivière Katsura.
Où l’on vient en amoureux, en touristes, se faire balader dans des pousse-pousse tirés par des étudiants musclés portant un chapeau chinois.

On n’est plus dans l’ancienne capitale. Mais en province. Le temps, les sphincters sont relâchés. Dans une douceur populaire.

*

J’ai bien aimé prendre pour la première fois le « train » de la Keifuku line. Deux petits wagons de tramway qui, par sauts de puce de cent mètres, arrivent en six gares à Arashiyama.
Une puce au crissement métallique assourdissant à cinquante centimètres de maisons en bois, de temples aux bambous. Les années trente. Qui ne devraient pas être là.
Alors j’ai imaginé que cette ligne devait appartenir aux Yakusa ou à un vieux monsieur qu’on ne doit pas froisser. Ca rajoute à l’ambiance.

*

J’ai bien aimé le set au tofu, ni bon ni mauvais, du petit restaurant calme où nous retournons pour la troisième fois.
La première fois, c’était il y a tout juste deux ans.
Et nous y avions mangé, en prière, comme si cela devait être la dernière…

*

Hier, j’ai vu l’un des plus beaux mouvements du monde. De ma vie.
Un manieur de perche sur la proue surélevée d’une barque de six mètres dont la résine transparente jaune jouait avec le soleil.

La perche est plantée dans l’eau.
Clac : les épaules sont bloquées, comme par cliquet.
Le corps tout entier descend la proue dans le mouvement des ados qui se laissent glisser dans un escalier, la rambarde sous l’aisselle, en sautant une marche sur deux.
Arrivé en bout de course, bloqué par le premier banc, clac, les épaules retrouvent leur souplesse de tigre.
Et comme dans un escalator que l’on remonte à contre-sens, les jambes pédalent sur place pendant que la proue avance… vers l’arrière.

Dans cette séquence qui boucle tranquillement, tous les mouvements du corps sont inversés, dans la fluidité d’un rewind. Dans la paresse d’une propulsion efficace. Comme au go.

La troisième loi de Newton, tellement anti-égologique, tellement anti-occidentale, c’que c’est beau !

*

Arashiyama, c’est aussi le coin où Fujiwara no Teika (1162 – 1241) aurait composé son anthologie de cent poèmes de cent poètes différents (Hiakunin Issu). Des anthologies sur ce principe, il y en avait déjà depuis un certain temps, et il y en aura beaucoup d’autres par la suite – y compris des patriotiques pendant la seconde guerre mondiale. Teika était vieux quand il travailla à cette anthologie qui devait servir à décorer la résidence de son fils près du mont Ogura. Dans ce but, chaque poème était calligraphié sur un Shikishi.

Mais cette compilation de tanka classiques contenant une majorité de poèmes d’amour devait connaître une autre destinée. Elle devint elle-même classique et cristallisa autour d’elle l’amour des asiatiques pour les jeux d’appariement, l’arrivée de la carte à jouer importée par les Portugais du 16ème (d’où le nom karuta : carte) et le goût des japonais pour la poésie : l’Ogura Hiakunin Isshu de Teika se métamorphosa en jeu.

Auquel on joue encore traditionnellement au premier de l’an.
Et dont un petit malin a fait un musée à Arashiyama. Rigolo ce musée qui venait hier faire un écho direct à mon manifeste pour un nouveau bunraku écrit le matin même : la technologie de notre temps y est en effet très intelligemment utilisée pour magnifier l’initiation au plaisir d’un vieux jeu de cour littéraire. Voilà le Japon.

Dans la salle principale, on déambule d’abord sur une centaine d’écrans plats affichant une carte satellite animée de Kyoto. Chaque visiteur a en main une Nintendo DS qui interagit individuellement avec les écrans. Je n’ai pas cherché à comprendre comment fonctionne la micro géo-localisation des DS mais le tout produit une interactivité collective joyeuse, titillant la curiosité, donnant envie d’explorer davantage.

Au bout d’un moment, la carte de Kyoto est remplacée par un grand jeu de Hyakunin Isshu. Le principe est simple : un « arbitre » lit un poème. Il faut rapidement trouver la carte correspondante en s’aidant de la gravure de l’auteur figurant sous le tanka.
Un beau et inspirant Memory poétique.

Dans ce musée, votre DS individuelle affiche la figure du poète et déclame à l’ancienne son texte. A vous de vous déplacer sur la bonne dalle télévisée correspondante.
Avec plusieurs dizaines d’autres participants qui cherchent eux aussi à identifier le plus de cartes possibles en un temps limité, on retrouve des émotions chouettes de récré de maternelle. C’est très bon.
Pari réussi donc pour ce musée par ailleurs cher (800 yens par personne), qui ne contient aucune collection digne de ce nom et dont la boutique rachtèque ne vend même pas de shikishis des poèmes (j’étais venu avec cet espoir en tête)…

A noter qu’il est possible d’acheter la cartouche du logiciel pour y jouer sur sa Nintendo à la maison. Un très beau jeu (tout en japonais) que vous pouvez commander sur le net.

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D’où cette question évidente que je ne cesse de poser à tous les éditeurs que je rencontre : à quand un Hiakunin Isshu français ? Non pas la simple traduction des textes japonais. Mais un choix des plus beaux vers des plus grands poètes francophones. Qui contribuerait à redonner, ludiquement, familialement, goût aux mots forts qui résonnent comme des formules magiques en soi quand on les connaît par coeur.

Si un éditeur (papier et/ou multimédia), si un conservateur, lit cet appel : je suis prêt à passer le temps qu’il faut sur ce beau projet…


27 avril 2008

Manifeste pour un nouveau Bunraku

Filed under: esthétique — Stéphane Barbery @ 9:49

- Oui, mais pourquoi ?!
- Parce que c’est la tradition.

Cette réponse, quand elle clôture, n’est pas recevable.
Comme ne l’est pas la branchouillerie avant-gardiste : le changement pour le changement est aussi une tradition. Clôturante. Inepte.

Ni tradition ni avant-garde, l’art ne doit se soucier que de la forme juste, que de l’utilisation de tous les moyens dont il dispose pour viser l’expression la plus parfaite de l’émotion, pour maximiser la joie, pour élever les spectateurs contemporains qui actualisent sa raison d’être. Pas pour plaire aux morts.

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Lundi dernier, j’ai eu la chance d’assister à une représentation du Bunraku d’Osaka. Qui m’a émerveillé. Qui m’a frustré.

On dirait le rêve réalisé d’un milliardaire nostalgique de son guignol d’enfant. Un musée d’histoire naturelle où les marionnettistes sont eux-mêmes manipulés par leurs aïeux.

On frise le génial avec cette terrible sensation du « et si seulement… »
Sensation terrible car rien ne la justifie.
Si ce n’est l’obsolète, injuste et asséchant système iemoto de l’enseignement-transmission-légitimation des beaux-arts japonais.

Dans un documentaire vidéo réalisé par Tomoo Ueno pour la NHK sur les actuels maîtres Bunraku, on peut voir que ça rigole pas franchement dans les couloirs et les répétitions.
Il suffit pour en attester de repérer sur scène le teint gris, résigné, des récitants et des manipulateurs qui n’ont plus d’espoir d’avancement. Il suffit pour en attester de voir la morgue insolente des premiers d’la classe, des visibles chouchous qui se voient déjà en futurs petits despotes de demain.

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L’Unesco (c’est-à-dire vous, nous) a paradoxalement sa part de responsabilité dans ce figement ultra-conservateur. Comment améliorer désormais ce qui a été labellisé « patrimoine de l’humanité » ? Si, à court terme, ce type d’inscription permet d’obtenir des crédits, de taper dans la poche de mécènes et dans celle des touristes de tour-operator qui veulent goûter de « l’authentique », cet estampillage implique forcément aussi le maintien en l’état d’une forme passée que notre génération, que les générations futures, pourraient, à leur mesure, contribuer à sublimer davantage…

Quand on jette un coup d’oeil au texte de la convention de l’Unesco, on sent que ce n’est pas la « revitalisation » (I, 2, 3) qui importe, mais la « sauvegarde » (I, 1, a). On dirait le mauvais copier-coller d’une charte sur la préservation d’espèces animales menacées d’extinction…
L’art, c’est pas un panda.

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Une unique représentation. C’est dire que je suis ignare. Mais je me lance. Sur les points qui, après quelques jours de décantation, me semblent nécessiter une « revitalisation ».

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1) Où sont les femmes ?

Ben oui, juste cela : où sont-elles ? Je ne parle pas des marionnettes. Mais des manipulatrices, des récitantes, des musiciennes.
Le coeur du spectacle, c’est la voix de stentor, donc virile, du tayu, le récitant. Et un vieux monsieur qui singe une femme, aussi doué soit-il, c’est débile quand des femmes d’aujourd’hui pourraient interpréter à la perfection… des voix de femme. L’argument « oui mais ya qu’un seul récitant » ne tient pas car pour la troisième partie, sublime, de notre spectacle, Kanjincho, il y avait une dizaine de tayus sur scène, chacun jouant un caractère différent.

Je rêve donc d’un duel émulateur :
- deux récitants. Un homme, une femme.
- deux musiciens. Un homme, une femme. Un shamisen, un koto.
- des manipulateurs hommes, des manipulateurs femmes.
- des rôles de marionnettes, aussi beaux et grands pour les hommes que pour les femmes.

Et comme çà, à l’intuition et au risque de me faire lyncher, je parierais que, compte tenu de leurs talents de manipulatrice, de minaudeuse, d’enrobeuse mélodique : les femmes l’emporteraient…

Et puis une remarque mineure mais quand même : aujourd’hui, ça manque d’un soupçon de sexe, le bunraku. Avec un vieux monsieur comme récitant unique, on voit mal, euh, son, euh… introduction…

2) Où est notre temps ?
Qu’allons-nous transmettre de ce que nous sommes aujourd’hui et qui fera le pendant de ce que nous sommes fiers d’honorer d’hier ? Des marionnettes en bois et des socques de cinquante centimètres de haut ?

Il faut imaginer la liberté que pourrait donner au manipulateur l’utilisation des matériaux dont se servent sans honte et avec notre plus grand bonheur les effets spéciaux des films contemporains. La marionnette d’un petit alien, d’un yoda, d’un mystique de Dark Crystal sont des chefs d’oeuvre et il serait absurde de se priver des trouvailles qui les rendent possible quand on peut les utiliser.

Quand on voit le génie avec lequel le Cirque du Soleil a utilisé la technologie actuelle pour servir son art, on se prend légitimement à rêver d’un bunraku de notre temps, à la scène, à l’éclairage magnifiant les marionnettes, des marionnettes dont l’expressivité pourrait être décuplée par l’utilisation de micro-servomoteurs manipulés y compris à distance, y compris sans fil.

Dans les scènes intimistes par exemple, un écran pourrait projeter en gros plan l’image filmée des mouvements de visage manipulés en temps réel par des opérateurs qui viendraient saluer à la fin du spectacle. L’émotion serait tout aussi présente et bien plus forte que dans la situation actuelle où les manipulateurs sont contraints de forcer le trait pour que le spectateur situé à vingt mètres puisse saisir l’expression corporelle jouée.

Le Japon contemporain a su produire Ghost in the Shell. Le ghost sera toujours là. La shell a besoin d’une mise-à-jour.

3) Où est l’émancipation ?

Que suggère, qu’inscrit une oeuvre en soi ? Une édification moraliste (le sacrifice de l’amour pour honorer le devoir, le châtiment des offenseurs de l’ordre établi) ça va un peu. Mais si c’est le seul programme politique que l’on me propose et que l’on propose à mes semblables, je reconnais avoir quelques objections argumentées à avancer.

Un spectacle comme le bunraku doit divertir mais aller bien au-delà. Il doit délivrer, impulser, inspirer, relancer le vivant chez les vivants. La catharsis, bon sang, la catharsis ! On doit en ressortir muet, les yeux brillants, résolu. Et mettre en oeuvre, dans les jours qui suivent, les résolutions profondes, intimes, qui se sont imposées avec évidence en soi pendant la représentation.

Le bunraku, comme tous les arts de notre époque, doit devenir ericksonien.

Erickso qui ?


26 avril 2008

Japon : (n. m.) pays où le soleil est une femme

Filed under: Quasar — Stéphane Barbery @ 15:29


 
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