L’aérien comme kamique
Le problème avec le mot aérien, c’est qu’il ne l’est pas. Aérien.
Diaphane le serait davantage s’il ne qualifiait une propriété de la lumière.
Hyalin : idem, la pédanterie en plus.
Arachnéen : manque de substance; disqualifié par sa connotation négative.
Vaporeux : trop aqueux, vaporware.
Evanescent : manque d’être et de temps.
Léger : l’est un peu. Léger. Et le mot recherché doit connoter la texture, pas la gravité.
Subtil : trop cunning. Manque de candeur. Mais le requisit d’une appréciation de connaisseur est importante.
Ethéré : trop magique, fofolle ou trop défonce.
Elégant : trop 16ème.
Epuré : trop dessin, trop chimique.
Pour l’instant, donc, je ne vois pas de mot français nommant adéquatement l’une des spécificités-clé du faire, de l’être japonais.
On est proche du mot « souffle ». La mauvaise haleine, la dynamique en moins. Un souffle suspendu. Comme la caresse pétale de pompon sakura du souffle d’un premier amour sur le centimètre carré hyper sensible au sommet des pommettes. La capture magique de cet instant par un sort matériel qui le fait durer un peu plus longtemps. Un décolleté froufrouteux de l’être. Du kawaii, la sexualité en plus, la débilité en moins.
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Hier, une voisine nous apportait un gâteau. Qu’elle avait préparée.
Intuition : le quatre-quarts de la ménagère pourrait devenir l’item princeps d’une ethnologie comparative.
Aucune ménagère française ne pourrait cuisiner le gâteau de notre voisine. Une pâtisserie « aérienne-mais-ce n’est-pas-le-bon-mot ».
Question goût, on est proche du gâteau au yaourt ou de la base du roulé.
C’est question texture qu’on se fait avoir.
Premier temps : « wouah, qu’est-ce qu’elle a dû mettre comme levure chimique ! »
Deuxième temps : « ah non, ça fait pas l’effet coussin-péteur de la levure; c’est comme un soufflet doux qui tiendrait; l’intérieur d’un tourteau fromager, à température ambiante, le soupçon de gras smouitcheux en moins; comme un effet de blancs battus mais sans les oeufs; on dirait une mousseline 3D d’air sucré comme un bisou ».
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Le même gâteau amerloque aurait été : spongy.
Maghrébin : greasy.
Français : stuffy.
Anglais : sweety.
Ici, c’est aery.
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Au coeur du Japon, donc : « l’aérien-mais-ce n’est-pas-le-bon-mot ».
Tempura. Sembei. Les tissus, les papiers. Les femmes.
Je dis pas qu’y a pas du gras et du lourdaud aussi. Mais peu. Très très peu. Et ça fait tout de suite étranger.
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Sensation curieuse que cet « aérien-mais-ce n’est-pas-le-bon-mot » est le produit, l’effet d’un monde encore enchanté. Que ce souffle est kamique. Pas superstitieux, pas religieux, pas arriéré. Kamique.
Kamique. Gardons, provisoirement, ce signifiant.
