10 novembre 2008

L’art du gros caca

Filed under: Texte,Ume — Stéphane Barbery @ 7:04

Matsu-jirô aime
chier.
Matsu, il aime
les gros
caca

Les p’tits rachtèques
comme des
sushis
non.
Lui, Matsu-jirô
il aime
les caca
gros comme
des
daikon

Matsu-jirô
est le petit
dernier
de la famille
Morita
Le seul
fils
depuis qu’Eichi
est mort

Il avait
trois ans
quand
Eichi s’est
fait renverser
Il en a
trente
aujourd’hui
et il se dit
que personne
ne viendra
jamais
gâcher
le plaisir
qu’il prend
à
chier

Matsu
c’est un
intello
Il a la
totale
le Phd
les post-docs
les publications
les traductions
en
Ethnologie
française

Mais Matsu,
il n’aura jamais
de poste
stable
au
Japon

Matsu
pour l’instant
il s’en fout
parce que là
il le sent
venir
son gros
caca

Et là
quand
il vient
plus rien ne
compte
que la sensation
réjouissante
d’être

où il faut
et de
se sentir
faire
un
avec
lui-même
et
l’univers

Matsu-jirô
est
un mystique
un mystique
du gros
caca

Pour lui,
spécialiste du shamanisme,
un
étron bien moulé
c’est
sacré

C’est pour cela
qu’il a investi
un mois de
salaire
pour la
dernière
lunette
de
wc
de chez Toto
alors
qu’il est
simple
locataire
de
sa
toute petite
maison.

La télécommande
de son
trône
elle a presque
plus de
boutons
que celle
de sa télé

Matsu
il aime
le
Japon
rien que pour
ça
pour la sacralisation
ergonomique
de
l’acte
phare
de sa journée

Matsu
se demande
d’où
ça lui vient
d’aimer chier
comme ça

Il revoit ces scènes
où ses copains
ses soeurs
ses amis
français
poussent des
cris de joie
en félicitant
leurs
petits
qui ont
fait
un
gros caca
sur le
pot

Il se dit que
peut être
la trace de
l’enfant en lui
ressent qu’
il sera
plus aimé
s’il fait
son
gros caca
bien moulé
bien
comme il faut
qui fait pousser
des ah
bienveillants
joyeux
à ceux qui nous
aiment

Attention :
Matsu il
n’aime
pas
le caca
son
odeur
sa
couleur
sa
texture
Matsu
il n’est pas
proctophile

C’est pour cela
qu’il
aime
les toilettes
japonaises
Matsu-jirô
celles

un petit aéro
se déclenche
quand on
s’assoit dessus
celle
où l’on a la sensation
d’être dans une
usine de
production
d’ordinateur
la sensation de
faire
pas de défaire
pas d’attaquer
pas de contrôler
pas d’avoir honte
mais d’être

en penseur de
Rodin
se
libérant d’une lourdeur
s’allégeant l’esprit
se sentir pousser
des ailes
communier
avec les
cosmonautes
dans leurs
belles tenues
blanches

Ce qui lui a le
plus
manqué
à l’étranger
Matsu-jirô
c’est le final
l’apothéose
de son
rituel
quotidien

Qui n’a jamais
eu droit
au massage
sensible
ciblé
dosé
efficace
de l’extrémité
de son tube
digestif
par un jet
d’eau
adapté
à la bonne
température
à la bonne
pression
est un
puceau
de la
félicité
humaine

Les grandes
eaux
de Versailles
seront
très
bientôt
oubliées par
l’Histoire
mais jamais
le jet
le pschitt
délicat
doucement
revigorant
soigneux
propre
et hygiénique
de la
cuvette
japonaise

Matsu déplore
juste
l’opération suivante
où il hésite
souvent

Matsu n’aime pas
trop le séchoir
à cul
incorporé
à la cuvette
il préfère
le frais
pas le
brushing

Mais le problème
vient du
papier
qui
résiste parfois
mal
au
surplus
d’eau
qui
s’effiloche
en
boulettes
et lui
Matsu-jirô
il n’aime
pas
les boulettes
ni la sensation
du papier
qui vient
gâcher
le
jet
merveilleux
ni la proximité
de la
main
avec son
derrière
même
pimpant

Matsu-jirô
appelle de
ses voeux
le génie
le génial
ingénieur de
chez Toto
qui trouvera
la solution
technique
la solution
sensible

Mais là
Matsu
s’en fout
parce que le gros
caca
arrive
et que la vie
même imparfaite
laisse
toujours
place
à de grandes
joies


 
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