10 novembre 2008

Le premier chat qu’on perd

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 19:11

De vie
de mort
Chaque
seconde
qui passe
comme
de vif
de morte
… devis de la mort

Mme Yamada
chantonne
l’air des
feuilles
mortes
en
improvisant
comme
un jazz

Mme Yamada
aime
la voix
de
Chet Baker
c’est son
mari
qui lui a fait
découvrir

Mme Yamada
balaie
devant sa
porte
en tablier
avec son
balai
en
bambou

Mme Yamada
balaie
les feuilles d’or
les feuilles rubis
les feuilles émeraude
les feuilles sèches et qui craquent
les feuilles mouillées qui se déchirent
les feuilles gradients
et les monochromes
les stars et les plèbes

Elle balaie sa mémoire
dans l’éblouissement
d’une joaillerie vénitienne
dans le trouble
d’un impressionnisme
Heisei
dans l’étincellement
mordoré, vidoré,
de pupilles
de feu
qui t’embrasent de
couleurs
comme si le monde
n’était plus
qu’une matsuri
de couleurs
un groupe de taiko
de couleurs
qui rentrent
dans l’âme
comme des coups
comme des doigts

Quand elle
balaie
en chantonnant
gentiment
tout bas
Mme Yamada
repense
à son premier
chat
son beau
chat
son amour
de chat
son ami
de chat
son complice
de chat
son cœur
qui pleure
de chat
sa douleur
de chat

Quand elle repense
à
son premier
chat
sa bouche
fait des
vagues
indécises
entre le
sourire
la
rage
et le
sanglot

Parce qu’il y a
trop d’amour
et
trop de peine
trop
trop
trop de peine
trop de peine
de peine
dans le souvenir
du
premier chat qu’on perd


 
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