18 décembre 2008

Cicatrice

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 6:36

Mme Yamada sent
son
chapeau
de
paille
gratter sa
cicatrice

Elle la sent
toujours sa
cicatrice
sur sa
tempe
sous ses
cheveux
Et parfois
elle
la touche
avec
effroi
fascinée
comme si
elle allait
s’ouvrir
et
son
cerveau
se
répandre
dans la
douche
quand elle
se
lave
les
cheveux

Mme Yamada
marche
avec les
autres
elle défile
dans la
ville
et les
enfants
regardent
avec
des
yeux
ronds
à travers
sa
mousseline

Il ne fait pas
trop
froid
et elle
n’est pas
derrière
les
étudiants
qui
ramassent
les
crottins

Le responsable
de la
matsuri
lui a
demandé
si elle
ne voulait
pas
être à
cheval

Elle a
hésité
parce
que le
cheval
qu’on lui
proposait
était
tenu par un
beau
monsieur
dont la
barbe
avait la
couleur
de son
cheval
dont le cheval
avait
la
couleur de
sa
barbe :
sel

Mais Mme Yamada
avait peur
de
tomber
d’avoir envie
de
faire
pipi
d’avoir mal
aux fesses
donc elle
exprima
qu’elle
préférait
marcher

Elle marche
elle ne
sait plus
pourquoi
les enfants
sont
contents
les petits
qui ne disent
rien
les mamans
qui
nomment
« tiens, voilà les
guerriers »

Et Mme Yamada
marche
pour faire
cesser la pluie
pour le
riz et ne pas
avoir
faim
elle marche
comme on a
toujours
marché
et elle
sait que
ça ne
sert à
rien
parce que
la vraie
matsuri
est
secrète

Défiler
c’est bon pour la
télé
mais la
vraie
matsuri
est
secrète
la nuit
la nuit quand il fait
froid
et ceux
qui
savent
vraiment
sont là

il
faut
et les
musiciens
de

jouent
toute la
nuit
et personne
ne marche
mais
une femme
en
blanc et
rouge
danse
et elle
tourne comme
personne
ne
tourne
sur une
scène de

elle tourne
comme on tourne
depuis
mille ans
deux mille ans
depuis
toujours
quand on
appelle
les
dieux
et l’on sent
que ça monte
en
elle
et les
percussions
des
tambours qui
blessent
les
doigts
sont
masquées
par les
appels
par les
cris
de
ventre
qui sont
des chants
qu’on ne
comprend
plus
et ça
tourne
tout le
monde
tourne
même assis
et l’on a le
tournis
les murs
de bois
les cloisons
de papier
du
temple
tournent
l’espace
devient une
toupie
et chacun
est une toupie
dans la
toupie
à ne plus
savoir où
en
être

Mme Yamada
respire
vite
elle
s’empresse
de ranger
des affaires
dans
sa première
maison pour
chercher
des
amis
qui
viennent
en
avion
et il y a
beaucoup de
monde dans
sa
maison
où elle est en
retard
alors elle
se
presse
en
courant
dans
les
pièces
quand
quelqu’un

l’appelle

La
toupie
ralentit
elle est
dans sa
pièce
préférée
et,
rentre
d’un pas
pressé
de
chat qui a
faim
son
chat

son premier
chat

Il est
un peu
plus
vieux
un peu
maigre
comme s’il avait fait un
long
voyage
il a une
cicatrice
sur le
côté
mais il vient
vers elle
comme
s’il n’était
jamais
parti
lui
lèche les
doigts
se couche
en demi-cercle
sur
le flanc
se lèche
le ventre
avec des coups
de
tête et de
langue
énergiques
menace
de la
mordre
quand elle
veut lui
caresser
le
ventre
fait un
bond
sur ses
genoux
puis
grimpe
sur
ses
épaules
et
elle sent
sa
chaleur
contre
son
cou
la
vibration

la vibration
douce
de
l’amour
de
l’amitié

de la

fidélité

La certitude
de ne
jamais
être
trahie

Mme Yamada
se
réveille

il est
trois
heures
du
matin

Elle a un
peu
froid et
trop
chaud
dans son
futon

Et la
vibration
de
son
chat
qui ne l’aurait
jamais
trahie
lui
manque
lui
manque
lui
manque
lui
manque
lui
manque

autour
de
sa
nuque


 
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