15 mars 2009

L’encens

Filed under: Ume — Stéphane Barbery @ 8:23

Ume
laissa
résonner
les
paroles
de
Senshin Sensei.

Oui,
avait-elle
le droit
d’aller
mieux
si vite
alors
que
Michan
était
morte
horriblement
à sa place
et qu’elle n’avait
rien
fait

Souffrir
tous les
jours
n’était-ce
pas
la
façon juste
minimale
de payer
une dette
sans fin

Elle se
sentait
coupable

Elle
ressentait aussi
que se
faire souffrir
pour quelqu’un
de mort
c’était
bête
et que
tout le monde
souhaitait
qu’elle retrouve
la vie
la musique.
Mais elle
ne
contrôlait
pas.
La douleur
les images
la nuit se
déclenchaient
toutes
seules.

Elle savait
qu’elle devait
retourner
au Nord
sur le
tombeau de
Michiko.
Seule.

Elle prit le
train.
Pas l’avion.
Elle aimait
le train.
La fenêtre
dans un
train
est comme une
partition de
musique.
Elle écouta
la musique
du Japon.
Au rythme
des roues.
Au rythme
des gares.
Des contrôleurs
des Bento chan.

Elle fredonnait
mentalement
des airs
tristes
de Bossa nova.
C’était doux
résigné.
Le plaisir
doux
d’une
tristesse
résignée.
Ce n’était
pas la
musique
qui
venait,
la nuit.

Elle se
rendit
directement
au
cimetière.
Un carré
de ciment
et de
pierre grise.
Il faisait
froid.
Elle prit
un seau
bleu
pétrole,
le remplit
d’eau
une louche
en fer blanc
avec un
manche en
bois

La tombe
est
propre
Il y a
des
fleurs
en ikebana
du sake
des traces
fraîches
de bougie
et
d’encens

Elle lave
la pierre
propre
étale
l’eau
avec
ses mains

Allume
sa
bougie
un bloc
de 25
bâtons
d’encens
avec son
briquet
spécial

Claque
dans ses
mains
se
recueille

Elle tire
sa petite
valise
à roulettes
jusqu’au
Ryokan
pas très
loin
passe près
d’une
heure
au Sento

Elle voit
bien
que ses
cheveux
ont
perdu
leur
miroir

Elle
prend les
omyage
achetés
à Kyôto
et se
rend
chez les
parents de
Michan
qui
l’attendent.

Ils l’accueillent
chaleureusement
lui demandent
pardon
s’excusent
et elle aussi
demande
pardon
encore
et encore
et encore
les deux
femmes
pleurent
le père
reste
droit
chaleureux

Ils se sont
déjà
dit
beaucoup
lors des
cérémonies
Ils savent
que tous
les jours
tous les
jours
leurs pensées
ensemble
s’orientent
vers
Michiko

La mère
est
une femme simple.
Le père
n’est pas
un artiste
pas un intellectuel.
C’est un
ingénieur
chimiste.
Il a des
cernes.
Il ne rentre
qu’une fois
par mois
en Hokkaido.
Il a pris
un jour
de congé
pour
recevoir
Ume.

La mère
apporte
les
plateaux
du
repas.
C’est bon
fin
simple.

A la fin
du
repas
le père
se
lève
et met
un
cd
d’Ume

Michiko
en est
l’ingénieur
du son

Ume
pleure
silencieusement
et ses
grosses
larmes
ressemblent
à des
boucles
d’oreilles

Parfois les
larmes
ont des
reflets
de flamme
ont des
reflets
de sang

Le père
avec
sa voix
grave
et
chaleureuse
parle :


Ume Chan
la chose
dont ma fille
était le
plus fière
au monde
est d’avoir
enregistré
ce
disque
avec toi
est d’avoir
été ton
amie.
On ne peut
rien
contre la
folie.
Et si tu
étais
morte
nous te
pleurerions
plus
encore
car ton devoir
est de
produire
du bon
avec ta
musique.
Ceux qui
n’ont pas
ton talent
doivent
servir
ton talent
pour mieux
en
jouir.
Je vois
Michan heureuse
quand
j’entends
ce disque
et c’est l’image
de son
sourire
fier
qui flotte
devant
moi
quand je la
prie
tous les
jours.

Depuis
quelques
semaines
quand je
rêve
d’elle
je la sens
sereine
je pleure
mais je
la sens
sereine

Une seule
chose
Une unique
chose
aurait rendu
Michan
triste ;
savoir
que tu ne
joues
plus
ta
musique

S’il te plaît
Ume Chan
joue de
la
musique
pour ma fille

Le lendemain
Ume
qui n’avait
pas dormi
était à
l’ouverture
du
cimetière

Elle avait
acheté une
pomme.
Pas quatre en
pyramide
comme lui
proposait
la vieille dame
en tablier
violet
non
juste une
pomme.

Une pomme
rouge
grosse
comme
ses deux
poings
On dirait
une planète
aux formes
parfaites
des formes
de ventre
de bouddha

Ses doigts
sont bleus
comme le
seau
pétrole
quand elle
nettoie
la pierre.
Elle a du
mal
à
cliquer
son briquet
torche
pour allumer
trois
bougies
et le
fagot
d’encens

Elle tremble
elle est trop
sèche pour avoir
des
larmes

Elle fait un
geste de
poignet
délicat
coup de fouet
pour éteindre
la flamme
du fagot
d’encens
vert

La flamme
ne s’éteint
pas

Autour
un immense
corbeau noir miroir
s’est rapproché
Ce doit être
le chef
du
secteur.
Il aime les
pommes

Ume aime
le bruit
du vol
des
corbeaux

Elle a posé
sur la pierre
le fagot
qui brûle
qui ne devrait pas
brûler

Le corbeau
se pose
sur la
tombe
d’à côté

En se posant
le souffle de
son aile
éteint
la flamme
jaune
Le corbeau la
regarde
en tournant
la tête

le bout du
fagot
vert
devient
rouge
une épaisse
fumée grise
s’étale
et coule
comme une
écharpe
autour
d’Ume

Elle fait
sonner le
bol
en métal
une fois
ferme les
yeux
sanglote
une fois
sans larme
et cela ressemble
à un
roucoulement

Le corbeau
penche la
tête.
Le soleil se
reflète sur son
bec

Ume entend
de la
musique
Un solo
de piano.
Cela ressemble
à sa musique.
Mais elle n’a
jamais
joué comme cela.
Elle entend
dans cette
musique
des couleurs
de flamme
et d’encens
le goût du
sang du
manque
de
l’amitié
de l’angoisse
elle entend
la
culpabilité
le devoir
la confusion
la détresse
et elle n’a
jamais
joué cela.

Le corbeau
crie
trois fois

Ume ouvre
les yeux


 
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