Les trois encensoirs
Sur l’étagère en bois sombre du supérieur
juste derrière lui
un encensoir céladon,
qui volute,
un long couteau de femme
- offert par un empereur
pour les noces d’une fille de shogun -
au manche tendu de peau de requin
Dans l’alcôve,
un mandala récent
sur papier crème
couleurs vives
peinture d’or
et une branche d’ume
pourpre
Il me dit d’une voix bleue
qui couvre le bruit du ru
Tu es une voleuse.
Je suis content de t’avoir démis l’épaule.
Mais je te parrainerai.
Tu ne te plies pas.
Mais je ne te casserai pas.
Je t’introduirai à la prière.
Tu laveras mes parquets.
je t’initierai à la voie.
Tu prépareras les trois encensoirs,
je t’enseignerai le thé.
Tu haïras les mousses
au point de les aimer
plus que tes yeux.
Et tu auras froid
à en oublier les couleurs
à en maudire ta mère
à faire un
avec la nuit des choses
la nuit des jours
qui n’est ni la nuit ni le jour
ni la mousse
Je t’aiderai à aimer
les riches qui font vivre ce temple
les pauvres qu’on n’y voit pas
les amants
les enfants
ceux qui crachent
Tu joindras tes mains pour eux
J’ai le pouvoir de te tuer
en t’ignorant
celui de t’aimer
en t’accueillant
je serai toujours là pour toi
Il se retourne,
prend la branche d’ume,
la dépose dans mes mains
J’ouvre mon kimono
serre la branche contre mon sein
