Mme Yamada prend le thé
Mme Yamada est
de retour
dans sa cuisine
à Kyôto
Elle entend
sa voisine
étendre son linge
Entre deux averses
entre deux très longues
averses.
Pour la quatrième fois
Mme Yamada
chantonne
doucement
dans sa tête
un minyô
contente
de retrouver
les chats du quartier
qui passent
dans son
tout petit
jardin
Elle pense
à ses amies
qui viendront
demain
Mme Yamada
a des
petits cadeaux
pour chacune d’elles
Mme Yamada
se dit que sa voisine
un peu ronde
très gourmande
a déjà dû
finir
la boîte de gâteaux
qu’elle lui a rapportée
Mme Yamada
est dans sa cuisine
et regarde avec plaisir
le service à thé
taiwanais
acheté
à l’aéroport
Elle veut s’entraîner
pour épater
ses amies
Parce que
Mme Yamada
est épatée.
Un peu vexée
mais épatée.
Toute contente
un peu vexée
mais épatée.
Souriante.
Mme Yamada
pensait que
l’art du thé
n’était plus
aujourd’hui
que japonais
Il y a quelques
années
elle avait pris
des leçons.
pour la cérémonie
du thé
Mme Yamada est
fière
de ses
quatre bols
à
matcha
Achetés
avec soin
avec goût
un par un
Elle aime
particulièrement
son beau raku noir
qu’elle ne sert
qu’à ceux
qu’elle aime
du coeur
Elle aime
son petit
service à thé
blanc et bleu
en porcelaine
fine
offert
par sa meilleure amie,
décédée,
il y a longtemps
pour ses
quarante ans
Elle aime
acheter
le meilleur
des macha
ici
à Kyôto
dans la
boutique
des connaisseurs.
Le matcha
le plus amer
et commander
à son
amie de Kagoshima
son thé vert
biologique
de tous les jours
celui qui réveille
et fait du bon
Elle aime aussi
sa grosse théière
dondon
pour le kotcha
anglais
avec ses tasses
et ses soucoupes
le sucrier
le petit pot de lait
Mais dans son
cœur
elle sait bien
que le tea
ce n’est pas
du
thé
Mme Yamada
est épatée
et souriante
dans sa cuisine
sombre
parce que
sa théière
de Taiwan
est toute
petite
Sa nouvelle
théière
est en
terre cuite
un tout
petit
service
en terre
rouge
Mme Yamada
est épatée
par la gentillesse
de la vendeuse
à l’aéroport.
Celle qui l’a bluffée.
Au musée
quand elle avait pris
un thé
Elle s’était
déjà demandé
pourquoi on lui
apportait
une théière
plus petite
que la théière
de son service
blanc et bleu
et un pot à lait
vide
plus grand que celui
de son service
anglais
Mme Yamada
aime le thé au jasmin.
Moins que le thé vert.
Mais quand même.
Elle l’aime un peu fort.
Trop fait.
Presque imbuvable.
Mais pas trop.
Mme Yamada
a toujours
trouvé que le
thé au jasmin
le vrai
en feuille
pas le faux
sachet
devenait
trop vite
trop amer
Alors quand
au musée
la serveuse
est venue
avec son pot d’eau
pour vider
sa théière
dans le gros
pot à lait vide
pour remplir
à nouveau sa théière
d’eau chaude
Mme Yamada s’est dit
dans sa tête
« ohhh ! Sugoii ! »
Mme Yamada
pensait
que le pot à lait
était
donc
une poubelle
à vieux thé
un
art
de lutte
contre
l’amertume
Mme Yamada
pense
que la vie
est un
art
de lutte
contre
l’amertume
Mme Yamada ne comprenait
juste
pas pourquoi
le jeune homme
du jeune couple
à côté
qui se caressait la main
sur la table
servait
à son amoureuse
dans le tout tout
petit godet
de son amoureuse
du thé du
gros pot à lait
qui devait
pourtant
être
rempli
de thé
trop amer
Peut-être
quoique taiwanais
ne savait-il
pas faire
et peut-être
son amoureuse
le jetterait-elle
dans
quelques jours
parce qu’il était
un gros
plouc
Et puis
à l’aéroport
cette vendeuse
si gentille
Le service
en terre cuite
rouge
avec
6 petits godets
comme des dés
à coudre
pour le pouce
des petits
godets
rouges
à l’intérieur
blanc
Le service
est dans une boîte
en carton
comme une grosse
boîte à gâteaux
c’est le dernier service rouge.
Il n’est vraiment pas cher.
il y en a des bruns
mais
Mme Yamada
préfère
la terre cuite
rouge
Elle aime
beaucoup
sur la théière
le petit fil
rouge
sang
tressé
en macramé
qui retient
le couvercle
de la minuscule
théière
rouge
terre
Mme Yamada
trouve
juste
que ce n’est pas beau
la grande assiette
en terre cuite
dans le service
pour ranger
les petits
godets
La vendeuse
si gentille
qui parle
japonais
demande
à Mme Yamada
si elle sait se
servir du service
Mme Yamada
trouve
cela injurieux
qu’une taiwanaise
lui demande
si elle
sait
préparer le thé
elle
la kyôtoïte
qui a pris des cours
de cérémonie
du thé
et qui a quatre
bols qui valent
cher
dans son
beau meuble
du salon
Mais Mme Yamada
est curieuse
et ne veut pas
offenser
la vendeuse
elle répond non
et oui
elle a un peu de temps
La vendeuse
la conduit
au petit stand
de démonstration
Et là
Mme Yamada
se prend une
gifle
Mme Yamada
comprend
en
une minute
que l’art
du thé
se danse
ailleurs
qu’au
Japon
Mme Yamada
se souvient
que le Japon
son thé
l’a importé
et que l’art aussi
est là
devant elle
à l’aéroport
de Taipei
sur le stand
duty free
d’un
magasin
pour touristes
Mme Yamada
sent que
cette
gifle
est très belle
Elle en aime
la chaleur
à l’intérieur
d’elle-même
La vendeuse
à lunettes
prend un
premier instrument
comme une
aiguille à cheveux
en bois
noir
Pour décoller
les feuilles
de
la petite
théière
rouge
en terre cuite
de démonstration
Puis prend
une pince
en bois
noir
pour
retirer
les feuilles
vertes
alanguies
fripées
comme
mâchées
La théière est
rincée
à l’eau bouillante
puis la vendeuse
prend
une petite pelle
en bois
noir
qu’elle remplit
Mme Yamada
pense qu’elle
en met
trop
mais non
la vendeuse
lui explique
qu’il faut
en mettre
pas trop
mais
comme ça
une pelle
La vendeuse
remplit
la toute
petite
théière
rouge
d’eau
fumante
et
regarde sa montre
à aiguille
pas très belle
30 secondes
Et là
Mme Yamada
a une grande
émotion
La vendeuse
vide la
théière
dans l’assiette
La vendeuse
vide
la théière
dans l’assiette
rouge
celle qui contient
dans la boite
en carton
de son service
les 6 petits
godets rouges
et blancs
à l’intérieur
La vendeuse vide
la théière
dans l’assiette
rouge
remplit
la théière
et la pose
dans l’assiette rouge
remplie
par l’eau
fumante
presque claire
par la première
eau
de la première théière
La vendeuse
mal coiffée
regarde sa montre
30 secondes
puis verse
le contenu
de la théière
dans le gros
pot à lait
rouge
Mme Yamada
est bouleversée
Le gros
pot à lait
sert donc
à cela
Non
à jeter
l’amertume
mais
la prévenir
Mme Yamada
a le
coeur
gros
devant
tant
de beauté
La vendeuse
si gentille
a le visage
d’une princesse
quand elle
sert
le thé du gros
pot à lait
dans
le
tout petit
godet
en terre rouge
blanc à l’intérieur
Mme Yamada
prend son godet
et
pleure
à l’intérieur














