Un paraphe ici, là et là
Mon père m’a appris à faire des suçons stylisés
sur le corps des femmes.
Les femmes trompent
les femmes trompent toujours
surtout les maitresses
Alors si tu les marques
si tu les signes
leurs amants sauront qu’ils ne sont pas seuls.
Un jour,
dans le dos de ma favorite,
juste sous le suçon stylisé du lundi
j’ai vu un autre paraphe.
Je poursuis plus bas.
Il continue.
Après avoir calligraphié un cercle,
nous avons cessé
de la voir.
J’ai attendu qu’il réapparaisse.
En vain.
Je ne l’ai plus rappelée.
Elle a dû pleurer un peu.
Tu vois petit,
les femmes ça pleure.
Nous, on reste.
On a la trouille
alors on reste avec nos légales
qu’on n’aime plus.
Qu’on n’a peut-être jamais vraiment aimées.
Les femmes aussi ont la trouille.
De se retrouver seule.
Alors elles pleurent.
Pour bien montrer que l’homme
qu’elles n’ont jamais vraiment aimé
est un salaud.
Pour qu’il se sente abject.
Dans le regard de ses enfants.
Tu te souviens comme tu m’as haï,
n’est-ce pas ?
Alors marque-les avec tes suçons.
Surtout celles qui ne te donnent rien
quand tu les fais jouir.
Celles qui te donnent
Celles qui t’accueillent
et qui te font sentir que tu es digne d’amour
C’est elles qui te marquent
Un jour, tu verras un grand cercle dans ton dos.
Et tu seras seul.
Il est mort le lendemain.
Et sans toi, je continuerai à parapher.




