La sale gamine
Je suis une sale gamine.
J’ai quarante ans.
Trois enfants.
Ca marche toujours quand je le dis aux hommes.
je suis une sale gamine
Je le dis avec mon sourire.
Mon beau sourire.
Ma voix qui vole.
Et ça marche.
C’est si facile.
J’ai dix ans.
Je sais déjà séduire tous les hommes.
Je les regarde.
Je leur souris.
Je tourne légèrement la tête.
Je tourne sur moi-même.
Je leur tourne la tête.
Je ris.
Ils rient aussi.
Tout contents.
Et j’obtiens.
C’est si facile.
J’ai onze ans.
« Tu es une sale gamine ».
Me condamne ma grand-mère.
Mon sang se glace.
J’ai beau tourner.
Sa tête ne tourne pas.
J’ai beau rire.
Ses lèvres serrées
ses lèvres serrées de grande dame qui a souffert
restent figées.
Dans la déception. Irritée.
Crève-coeur.
Mon père arrive
ne remarque rien.
Le froid.
J’aime faire rire mon père.
Je lui fais un clin d’oeil.
Il me sourit. Du grand sourire qu’il fait
quand il est heureux.
Et je m’enfuis dans le jardin.
Le froid au coeur.
Le froid au crève-coeur.
Oui. Je suis une sale gamine.
Je serai toujours une sale gamine.
Je serai la championne des sales gamines.
Si c’est ma nature
J’en ferai mon destin.



