Séminal
Je vends des vieux papiers
A des vieux.
Même quand ils ont vingt ans
ceux qui m’achètent mes vieux papiers sont vieux.
J’ai du poil au nez
J’ai beaucoup de poil au nez
et je ne comprends pas ce que veulent
les vieux de mes papiers.
J’achète mes vieux papiers à des vieux.
Qui vont mourir à l’hospice.
Ou qui sont morts dans la semaine.
Je rends service, je débarrasse.
Les cartons m’encombrent et puent.
J’en sors un de temps en temps.
Dans la rue.
Et comme des pigeons sales,
des vieux de tous âges
viennent retourner les feuilles.
Ca leur fait les doigts noirs.
Ca leur fait les mains sales.
C’est sale, le passé.
Je me souviens petit
quand la vue des poils de nez me soulevait le coeur
je ne voyais pas le sale.
Il n’y a que le blanc
Le blanc des mains des vieilles qui trempent le papier.
Le blanc des mains des jeunes qui vendent le papier
Le blanc des pupilles des charbonniers quand l’encrier les paie
Le blanc des fils des relieuses dans leur aiguille métal
Le blanc des dents sous la langue du graveur
Le blanc dans la respiration du comptable
Le blanc dans la gorge des amants qui s’aiment à l’entrepôt
Le blanc du ciel le premier hiver chez le lecteur
Le blanc de leurs vers
Et celui de la semence
de leur oubli




