26 avril 2008

Kankiten 歓喜天 (joie- prendre plaisir – ciel/dieu)

Filed under: Dieux,esthétique — Stéphane Barbery @ 9:26

Parce que la statuaire japonaise me fait tant d’effet, j’ai acquis des livres catalogues.
Dont un de 800 pages avec de mauvaises photos en noir et blanc, mais complet, sur la sculpture bouddhique du soleil levant. Classée par divinités.

J’aime ce type d’album. Je me mets en très légère transe et tourne toutes les pages rapidement en laissant mon regard m’arrêter à chaque fois qu’une forme, par son intensité ou sa singularité, émerge. Comme un enfant collectionneur de timbres (ou de vignettes panini) feuilletant la collection d’un concurrent.

Mon projet est de trouver un sculpteur sur bois pour créer la statue parfaite pour mon tokonoma, une statue qui combinerait des traits spécifiques de différentes représentations bouddhiques existantes.

Mon oeil, donc, m’a arrêté sur Kankiten. Deux éléphants qui s’embrassent. Comme des baisers de Brancusi. D’ailleurs, les baisers de Brancusi ne sont que des kankitens qui s’ignorent. Qui s’ignorent ou bien.

Je montrai les photos à Salah et Shigenori. Qui firent la moue, dubitatifs, dans le style « t’es con ou quoi, t’as d’jà vu des éléphants sur le Fujiyama ? ».
Ils me proposèrent de chercher du côté de « Ganesh ». Muriel entendit « ganache » (au chocolat) et se mit mentalement à baver.

Sûr de mon intuition, je décidai de poursuivre mes recherches et tombai sur cette page (on ne louera jamais suffisamment le travail fabuleux de Mark Schumacher) dont j’extrais l’essentiel des informations ci-dessous et notamment l’incroyable anecdote rapportée par Gabi Greve.

*

Kankiten 歓喜天 (かんきてん). Egalement appelé : Kangiten, Kangiten-sama, Shouten (聖天, Shooten, Shoten), Daishou-Kangiten (大聖歓喜天; だいしょうかんぎてん) ou le Deva de la félicité.

Il y aurait au Japon un culte important de dévotion à Kangiten mais… secret. Kangiten symboliserait l’affection conjugale et serait prié par les couples désirant un enfant. La puissance érotique de la symbolique des statues explique qu’on les cache pour ne les utiliser que dans des rituels secrets dans lesquels on verse de l’huile (le plus souvent chaude) sur elles. C’est la raison pour laquelle elles sont souvent en métal.

L’origine de la divinité est clairement hindoue : Ganesh (Ganesha, Ganapati) est le dieu de la sagesse, de l’intelligence, de l’éducation et de la prudence, le patron des écoles et des travailleurs du savoir. C’est le dieu qui lève les obstacles, un des symboles de l’identité entre microcosme et macrocosme.

Il semblerait qu’elle ait été introduite au Japon par Kûkai (774- 834), le fondateur de la secte bouddhiste Shingon.

Le Kankiten japonais est un couple qui s’étreint. Parfois franchement. Et parfois même sans têtes d’éléphant.

Traditionnellement, la femme porte une couronne de joyaux, une robe de moine rapiécée et un surplis rouge. Ses défenses et sa trompe sont courtes, ses yeux rétrécis, son corps blanchâtre. L’homme ne porte ni robe de moine ni couronne même s’il peut avoir un tissu noir sur les épaules. Son corps est d’un brun rougeâtre. Sa trompe est longue, ses yeux grand ouvert, sa tête repose sur l’épaule de la femme. Les pieds de la femme peuvent se trouver sur ceux de l’homme.

On pense que la partie masculine de la statue est le premier fils de Daijizaiten 大自在天, l’une des représentations de Shiva, le dieu hindou de la destruction. Ce fils aurait pour nom Daibôjin 大暴神, le « grand dieu sauvage ». Pour calmer cette divinité, la partie féminine de la statue serait une incarnation de la Kannon Bosatsu à onze têtes qui convertit ce dieu sauvage au bouddhisme. Kannon est capable d’entrer en méditation profonde (kanjin 觀心) et peut ainsi calmer la sauvagerie de Daibôjin. L’étreinte du masculin et du féminin, du sauvage et de la méditation, c’est Kankiten 歓喜天, la divinité de la joie.

Tout de suite, j’aime bien cette divinité.

*

Bon et alors cette anecdote.

L’histoire commence au début de l’ère Edo, dans le temple Hôkaiji de Kamakura possédant une statue de Kankiten si puissante que les rituels l’impliquant n’utilisaient pas l’original de la statue (qui reste toujous enfermée dans son autel) mais une statue de substitution (Kakebotoke).

Une femme était venue au temple pour un rituel implorant l’aide de Kankiten pour avoir un enfant. Elle donna naissance à beau petit garçon mais mourut quelques temps plus tard sans avoir eu le temps de remercier, par un rituel de contre-don, la statue du temple.
Il ne faut jamais oublier de remercier Kankiten.
Son âme erra donc dans les limbes pendant plusieurs années.

Juste après la seconde guerre mondiale, une autre femme, Mme K, qui habitait près du temple, se mit à rêver toutes les nuits de cette histoire. Dans son rêve la morte lui promettait sa gratitude si elle organisait pour elle la cérémonie de remerciement à Kankiten.

Mme K se rendit au temple. Le prêtre venait juste de recevoir une statue de substitution neuve et rechignait à procéder directement au rituel nécessitant de verser dessus de l’huile chaude. Il proposa de tenter le coup en utilisant un miroir et en versant l’huile sur le reflet de la statue substitutive… Kankiten accepta l’offrande. L’âme de la morte fut enfin libérée. Elle apparut une dernière fois au chevet de Mme K pour la remercier et lui dire qu’elle tiendrait sa promesse.

Qui était donc cette Mme K ?
La femme de Yasunari Kawabata. Oui oui : le prix Nobel de littérature. Qui a toujours été persuadée que cette consécration était la directe conséquence de son intervention.

Si tu demandes quelque chose à Kankiten, n’oublie jamais de remercier…


25 avril 2008

Cavernes

Filed under: sociologie — Stéphane Barbery @ 10:17

La voix de Salah continue de résonner fort en moi.

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Dans son texte sur Kyoto, il rappelle le mythe d’Amaterasu.

Boudeuse, ne supportant plus la violence de son frère, la déesse soleil s’enferme dans une caverne.
Le monde perd sa lumière.
Huit millions de kamis se rassemblent pour la faire sortir. Et accompagnent le strip-tease d’Ame-no-Uzume, la voluptueuse déesse de la gaieté, par un barouf monstre de rires et de tambours (ouendan !).

*

Eh ! Et si c’était là l’origine de l’incompréhensible complaisance/recherche des japonais pour la nuisance sonore ! Le pachinko, les échappements trafiqués, les camions de collecte, l’irrashaïmassé, les hélicos, la télé. Des éructations d’autant plus insupportables qu’elles surgissent sur un fond attentionné – crispé – de silence respectueux du voisinage (« pas de vague, pas de vague »).

Alors un coup de barouf, un cri, un taiko pour maintenir la joie qui maintient le soleil là ?

*

Parce que, évidemment, Amaterasu, de sa caverne, jette un coup d’oeil pour comprendre ce que c’est que tout ce boucan. Elle voit une lumière magnifique. Elle sort pour la discerner davantage. Tout le monde s’écrie « 面白い, Omoshiroi! » (figure blanche), on la maintient et blam, chpling, les kamis bouchent la caverne pour ne plus qu’elle y rentre. La lumière ? C’était elle. Son reflet dans un miroir : le miroir regalia qu’elle donnera plus tard à son petit-fils, premier empereur du Japon, et conservé aujourd’hui dans le temple d’Ise. Un miroir circulaire , principal objet du culte shintoïsme et dont la forme est reprise dans l’emblème national.

*

Le temple près de la maison, « orienté vers le soleil », est un petit Ise. Dans la roche d’un des monts de Kyoto, une minuscule caverne à double entrée a été creusée. Pour y célébrer Amaterasu. Hier, chez Fresco, mon petit supermarché paradis, j’ai acheté des bougies blanches longue durée.

*

La caverne de la déesse Japon, ce n’est pas celle de Platon. Lui évoque en puritain moraliste le savoir pour les élus et la crasse des lourdauds. Elle, l’horreur de la violence et l’ignorance de sa propre lumière.
Pour sortir de la caverne où l’on bouine, le soutien joyeux de ceux qui nous aiment est nécessaire. Pour percevoir, accueillir et conforter sa propre lumière. Celle qui éclaire le monde.

La leçon du Japon : le soleil est en soi. Et c’est une femme. Doh !

*

Dans un chouette documentaire vidéo sur Salah, on aperçoit de sublimissimes calligraphies arabes. L’une d’elle, un bateau, est liée à une autre caverne. La caverne de l’amour. Celle des sept dormants.

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L’histoire apparaît là et là. Chez les chrétiens, les musulmans. La sourate de la caverne (XVIII 9-26) la décrit.
Ils sont de trois à neuf, dorment de 27 à 300 ans et symbolisent la foi dans le dieu unique ou la résurrection.
Ici ils ont pour nom : Maximien, Malchus, Marcien, Denis, Jean, Sérapion et Constantin.
Là on les nomme : Maksimlînâ, Mahsamlînâ, Yamlikâ, Martus, Kastunus, Bîrunus, Rasmunus, Bâtunus, Qâlus.
Les enfants turcs, pour s’endormir, en feraient la liste au lieu de compter les moutons.

Pour échapper au culte idolâtre, sept jeunes gens d’Ephèse et un chien, Qitmir, trouvent refuge dans une caverne. La caverne de l’amour. Dieu, tous les matins, tous les soirs, écarte la course du soleil de la caverne et les berce délicatement. Ils se réveilleront comme des roses. Pour demander à mourir. Ce qu’il leur sera accordé.

J’aime bien Qitmir.
Un chien me manque. Mais je pense à Taniguchi.

*

Dans nos toilettes japonaises chauffantes à jet d’air et d’eau (« hmmmmmm »), en ce moment, il y a Tintin au Tibet. Et la caverne, c’est celle du migou…

*

Hier soir : L’Empire Contre-attaque. Avec deux cavernes. Celle du Wampa. Celle du gros vers astéroïde.
Beeeerkkk.

*

Et ben de toutes ces cavernes, pas de surprise : c’est celle du Japon que je préfère.
Je vais tout de go y allumer une bougie.
Pour tous les amis.


24 avril 2008

Salah, Kyoto

Filed under: Son,Texte,Watashi — Stéphane Barbery @ 11:04

Honte : je ne connaissais pas Salah Stétié.

Et Kyoto qui me fait ce cadeau. Trois jours avec lui.

A partager le plus beau. A partager le plus fort. A rire du grivois. A communier du silence.

*

Je sens, chaude et honorante.
Sous ma peau.
- Là où le droitier se prend le pouls -
la vibration.
Comme une calligraphie soufie tatouée au calame
comme une marque d’Eleusys qui élève et oblige.
La voix de Salah.

Je vois, chaude et honorante.
- Koto in -
Sous l’auvent vert
Sous l’auvent mousse
Sous l’auvent bois
- Koto in -
la voie de Salah.

Sa voix qui me tatoue chuchote un mystère :

Le balcon, le balcon de Baudelaire.

J’entends. Chaude et honorante.
A la base de mon cou.
La voix de Salah.

Liturgique rouleuse de R.
Rebelle en sutra de lumière
Appolinien souffle du désert.

qui intime, ordonne :

Les mots : comme Kyoto


19 avril 2008

Filet cosmique

Filed under: cuisine — Stéphane Barbery @ 9:38

Prendre un filet de thon rouge. Le saler. Le laisser reposer 5mn. Enlever l’humidité au sopalin. Planter deux grandes fourchettes ou pics en métal dans le filet afin de pouvoir saisir le morceau directement sur la flamme – sans poêle – de telle sorte qu’un demi-centimètre de la chair soit cuit de chaque côté. Le plonger directement dans un récipient d’eau froide rempli de glaçons. Le sortir au bout de quelques minutes et enlever l’humidité au sopalin.

*

Pour la garniture : une dose de vinaigre de riz, une d’huile de sésame pure (transparente, sans odeur), 3 de sauce soja, et wasabi pour ceux qui aiment.
Râper un gros oignon rouge dans de l’eau froide. Le laisser égoutter. Puis presser le râpé à la main pour en extraire l’eau.

*

Couper le filet en tranches d’un centimètre dans un joli plat. Verser la sauce. Recouvrir du rapé d’oignon rouge. Recouvrir de sansho (après l’avoir placé dans votre paume et sonné le gong annonçant que le repas est prêt d’un grand PANG digne d’un appel de kami dans un temple shinto).

*

Pâmez-vous

*

Tobie Nathan décrit de quelle façon les féticheurs, pour créer leur sortilège d’envoûtement et de mauvaise fortune, incorporent les éléments les plus radicalement disparates pour synthétiser un bout de chaos primordial – le plus chaotiquement farouche – de la cosmologie locale.

Hier, en préparant la cuisine sous les instructions fermes de Mme Nakamura, en utilisant des ingrédients et des éléments étrangers à ma culture, j’avais régulièrement le sentiment d’être aux franges de la sorcellerie. Une magie blanche puissante dont le rituel, les éléments, le tour-de-main, pouvaient facilement, en basculant du côté obscur, produire un imprévisible dont je ne voudrais pas, mais alors vraiment pas, faire l’expérience.
Illustration imagée de cette sensation : le Panoramix amnésique du Combat des chefs.

*

L’assaisonnement complexe d’une matière première (ici une tranche de thon) a-t-il pour but, par une arborescence subtile de composants exhausteurs, par ses amorceurs volumétriques de nombreux champs de la mémoire gustative (et biographique associée), de maximiser le plaisir papillaire ou bien est-il d’abord ordonné, structurellement, par la cosmologie inconsciente, mythologique de la tribu ?
Mange-t-on pour manger. Ou fondamentalement pour prier. Et ce, même dans l’illusion laïque du cantonnement gastronomique.

J’ai encore le goût du thon d’hier en bouche. Mais je pense que dans quelques jours, il ne me restera que le souvenir d’avoir échappé de justesse au chaos.


18 avril 2008

J’me suis fait poudrer

Filed under: Watashi — Stéphane Barbery @ 7:55

Il y a deux mois, le passage chez le coiffeur ne m’avait pas bien plu. Le jeune manieur de tondeuse venait visiblement de se faire engueuler par son patron et un gaijin demandant une « straight cut » (stretto cutto), sans décoloration, sans permanente, sans sculpture déstructurante de la crinière, un gaijin bredouillant un « ça fait février » pour dire « ça fait deux mois », un gaijin qui ne connaissait même pas la taille en millimètre qu’il voulait conserver sur le crâne, n’était digne que de l’affichage ostensible d’un mépris mérité.

Deux mois plus tard, j’envisageais même de me laisser pousser le sprout afin de pouvoir le huiler façon samourai, façon sumotori. Oui : j’en suis là.

Et puis hier il a plu toute la journée. Je décidai, pour me distraire et à titre anthropologique, de retenter l’expérience dans un petit salon aux fauteuils Star Trek que j’avais repéré la veille quand nous étions descendus sur Sanjo pour dîner d’un ramen.

Je descendis donc la grande rue sans âme et passai, sur mon chemin, devant un autre salon fossile. Un vieux japonais en blouse blanche attendait le client en lisant son journal dans l’un de ses fauteuils de coupe, formidables collectors dans le plus pur style « Happy Days mixé à Lucky Luke ». J’entrai.

Je ne sais pas ce qu’avait mangé le petit vieux mais il ne faisait que grouiker et péter. Ca ne m’empêchait pas de remonter le temps et de vivre une expérience muséale. Comme si j’étais dans un film avec Gabin. Comme si j’étais Gabin.

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D’abord l’empaquetage. Trois couches, deux de tissu plus un col plastique pour qu’aucun cheveux coupé ne tombe sur les vêtements. Ma couche préférée, la plus extérieure : un drap blouse jaune vieilli qui sera disposé en vallée courbe devant moi grâce à l’élévation de deux protubérances masquées dans les accoudoirs. Je supposai que cette vallée pouvait avoir la fonction d’éviter un important balayage final. Mauvaise pioche car à la fin, mon drap blouse sera allègrement secoué sur le sol, plié comme un couchage et reposé sur l’accoudoir de mon fauteuil dans l’attente du prochain client…

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Deuxième étape : le mouillage du cheveu par application ferme d’une serpillière fumante sur le crâne.

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Troisième étape : coupe aux ciseaux à l’ancienne. Quarante-cinq minutes.

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Quatrième étape : la plus réjouissante. En France, quand je sors de chez la coiffeuse, mon premier geste après m’être assuré qu’elle ne peut plus me voir est de passer vigoureusement la main dans ce qui me reste de chevelure pour effacer ainsi l’apprêt VRP du brushing. Ici, à ma stupeur ravie, c’est le p’tit vieux péteur qui s’en est chargé. Pendant trente bonnes secondes énergiques, vas-y qu’il me décoiffe, vas-y qu’il me décoiffe. Enfin quelqu’un qui avait tout compris !

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Cinquième étape : après un p’tit coup de serpillère chaude, premier peaufinage au ciseau plus fin. Puis stupeur.
« Non ! Ca ne peut pas être ça ! Si, si… il est en train de me passer une brosse à chien dans les cheveux (les brosses en plastique mou que l’on tient dans la paume pour dépoiler les canidés à poils ras) ».
« Non ! Ca ne peut pas être ça ! Si, si… il est maintenant en train de me dépeigner hardiment avec une brosse à chaussure ».
Enfin ! Enfin un coiffeur qui a compris que pour coiffer, il faut décoiffer, laisser le cheveux vivre la courbe de sa vie, assumer l’orientation de sa capillarité libre, de son authentique poilitude.

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Sixième étape. Ben c’est là où j’me suis fait poudrer. Ca a commencé classiquement par le bruit du rasoir à l’ancienne affûté sur un cuir. Je n’aime pas trop ce bruit de boucherie. Ni l’idée d’exposer à un inconnu dont je ne connais rien du passé ni de l’état psychiatrique actuel, les bras sous la douce vallée d’un drap jaune vieilli, mes carotides.
Hop, d’abord un coup de blaireau à l’ancienne, chaud, savonneux et smouitcheux sur la nuque. Puis le scritch scritch agréable du grattement de la lame qui vient par petits coups précis comme le tracé d’un kanji sur une toute petite surface, rendre la partie de ta tête que tu ne peux pas voir « nette ».
Et là, en traître : dans un mouvement de bras que n’aurait pas renié une danseuse étoile de l’Opéra de Paris, hop qu’il sort son poudrier et qu’il me dépose un nuage de poussière chair parfumée à la cocotte sur toutes les parties visitées par sa lame.
Pour me rassurer, je me suis dit que ça n’aurait peut-être pas choqué Gabin. Bon, peut-être que Gabin lui aurait mis un pain avec une réplique à la Audiard. Mais je ne suis pas bon pour les répliques. Surtout quand en japonais, je sais tout juste distinguer « deux mois » et « février »…

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Etape pénultième : le peaufinage au cheveux près. Avec une minuscule paire de ciseau.

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Etape final : le dépoilage. Avec trois brosses sèches de taille différente. L’une genre petit balai pour pelle à poussière. L’une plus petite pour le col. Et une dernière plus petite encore pour le visage.

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Une heure. 3000 yens. J’ai oublié de faire une photo.


 
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